Colnago - Eddy Merckx - Record du monde l'heure 1972

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  • LE COLNAGO D'EDDY MERCKX POUR LE RECORD DU MONDE DE L'HEURE DE 1972

    S'intéresser au Colnago d'Eddy Merckx c'est d'abord se confronter à l'histoire du cyclisme mondial et se confronter, sans aucun doute, à ce qui s'est fait de mieux.

    A priori, tout fait rêver dans cette histoire : des grands noms, des belles machines, des records. Et c'est sans compter sur la multitude d'intrigues qui entourent ce vélo.

    Car, en effet, ce sont surtout des énigmes qu'il va falloir résoudre. Combien de vélos ont été préparés pour cette épreuve ? Où sont-ils aujourd'hui ? Lequel a réellement été utilisé pour le record ? Qui a produit les pièces spécialement usinées pour ces montages ?

    Tellement d'éléments contradictoires ont été avancés et écrits à ce sujet que personne – Merckx et Colnago en tête – ne semble véritablement savoir quelle est la vérité. Mais tentons, si vous le voulez bien, de mettre modestement un peu d'ordre dans tout cela.

    Les bonhommes

    Eddy Merckx : qui c'est celui-là ?

    Eddy Merckx, de son vrai nom Edouard Louis Jospeh Merckx, est un ancien coureur cycliste belge, professionnel de 1965 à 1978, et qui peut se vanter d'avoir gagné 625 courses dans sa carrière, et notamment :

    • 11 grands tours (5 Tours de France, 5 Giro, 1 Vuelta), dont 65 étapes remportées ;
    • 3 championnats du monde ;
    • 28 Classiques (Milan-San-Remo, Paris-Roubaix, Tour des Flandres, etc.) ;
    • 98 victoires sur piste (Six jours, courses à l'américaine, Omnium).

    Un coup d'oeil à son palmarès détaillé ici et vous comprendrez vite que sa légende n'est pas usurpée. Il est (avec Fausto Coppi) la crème de la crème de la crème.

    Je ne m'étendrai pas sur la biographie de Merckx, pour cela, je vous renvoie aux excellents ouvrages de Théo Mathy ou Marc Jeuniau, mais un mot tout de même sur son « style ».
    Merckx a rapidement reçu deux surnoms – le cannibale ou l'ogre – qui illustrent tant son appétit insatiable de victoires que ses capacités sportives et mentales exceptionnelles.
    Celui qui définit le mieux Eddy Merckx reste encore Philippe Miserez, médecin du Tour dans les années 70 lorsqu'il déclare : « ce n'est pas Merckx qui a la fréquence cardiaque la plus lente, la meilleure capacité pulmonaire, et ce n'est pas lui non plus qui a la meilleure VO2max. Il est simplement celui qui sait aller le plus loin dans la douleur ».
    Merckx sait tout faire sur un vélo, il est excellent dans les classiques, dans la montage, sur la piste, dans les courses à étapes, et ce qu'il fait le mieux c'est attaquer.

    Et puis, comme pour tout héros, il lui a fallu des adversaires, et on peut dire qu'il n'en a pas manqué : Van Looy, Maertens, de Vlaeminck, Poulidor, Gimondi, Ocana et... Ole Ritter (on y reviendra). Mais à chaque fois, Merckx a été le plus fort.

    Ce bonhomme a dominé le cyclisme pendant une vingtaine d'années. Tout simplement.

    Ça c'est pour la légende.

    Car si sa domination semble évidente aujourd'hui, sa conquête du peloton ne doit pas être imputée qu'à ses seuls talents de cycliste. Elle s'est souvent faite dans la douleur et parfois avec le concours de la chance (le Tour 71 par exemple).

    Dans la pratique, cette domination a été le fruit d'un gros travail en coulisse : des équipiers, des mécanos, des cadreurs, des sponsors entièrement dévoués à la réussite du champion, notamment à partir de 1968 et son arrivée dans l'équipe Faema.

    Si vous avez vu The Last Dance, le documentaire sur Michael Jordan, vous serrez frappés par les similitudes de comportements entre ces deux athlètes hors-normes : perfectionnisme maladif envers soi-même, dirigisme envers les autres et une capacité époustouflante à bâtir un empire à leur service (co-équipiers, encadrement, innovation technique, etc.).
    Des champions qui ont compris qu'être le plus fort individuellement ne suffit pas à rester sur le toit du monde.

    J'arrête là la comparaison avec his airness pour revenir à Eddy Merckx et à sa domination sur le peloton pour évoquer les affaires de dopages qui ternissent le tableau, et qu'on se gardera de commenter, tant cette question est délicate à juger et tant ces pratiques sont liées à ce sport. Merckx ne s'est jamais vraiment défendu de ces accusations, si ce n'est avec une formule restée fameuse : « le dopage ne transforme pas un âne en cheval de course ».

    Par ailleurs, on sait qu'il était perfectionniste et très attentif au matériel et aux réglages, à tel point que n'importe qui ne pouvait pas cadrer ses montures.

    Voici la liste des cadreurs autorisés du cannibale. Attention, il ne faut pas confondre ces cadres avec ceux de la marque Eddy Merckx, fondée en 1980 après la retraite du champion, et qui a équipé plusieurs équipes pro dont les fameuses GAN, Telekom ou Motorola.
    http://www.classicrendezvous.com/Benelux­/Merckx/bicycle_makers.htm

    • Il semble que Charles Terryn n'ait jamais réalisé de cadre. Marcel Vandenneste était le cadreur de Merckx à cette époque. En revanche, Terryn réalisait les montages.
  • Ernesto Colnago : un simple mécano ?

    L'histoire entre Eddy Merckx et Ernesto Colnago semble débuter à l'arrivée du Cannibale dans l'équipe italienne Molteni (qui deviendra belge en 1971) chez qui Ernesto est mécanicien et cadreur. Sa réputation est déjà grande en Italie puisqu'il a réalisé des cadres pour Gianni Motta et Michele Dancelli, notamment. Car Ernesto est méticuleux, passionné, il a le souci du détail, ça tombe bien, Eddy aussi ! Une relation professionnelle et amicale s'engage donc entre les deux hommes, bien qu'en coulisse, cette relation ne semble pas si apaisée.

    On sait que Merckx, époque Molteni, n'a pas roulé que sur des cadres Colnago, puisque les vélos utilisés pour les Classiques sont signés Kessels.

    On sait aussi que depuis le 25 octobre 1972 (jour du record du monde de l'heure à Mexico), une brouille est apparue (on verra pourquoi) entre les deux hommes, et qu'elle ait précipité le départ de Colnago de l'équipe en 1973. Un certain Ugo de Rosa sera appelé pour réaliser les cadres du Cannibale.

    Mais, cette rupture est pour Ernesto Colnago le début d'une nouvelle aventure, encore plus folle que celle qu'il a vécu avec Eddy. C'est la fondation d'un empire industriel, le début d'une saga victorieuse, et la production à grande échelle de vélos qui deviendront mythiques : les Super, Mexico, Oval CX, Mexico TT, Carbitubo, C40, C50...

    Le Record

    L'épreuve du record de l'heure

    Cette épreuve, apparue en 1893, est simple : il s'agit de réaliser la « meilleure distance dans l’heure sur une bicyclette » (cf. règlement UCI).

    Le départ se fait arrêté, à la ligne de poursuite.

    La distance parcourue dans l’heure est calculée comme suit ;
    D = (L Pi x TC) + Di C
    Di C = L Pi x TRC TTC
    Dans lesquelles: D = distance parcourue dans l’heure
    L Pi = longueur de la piste
    TC = nombre de tours complets avant le dernier tour
    Di C = distance complémentaire
    TTC = temps du dernier tour complet
    TRC = temps restant à courir au début du dernier tour.

    Pourtant, elle a connu plusieurs règlements qui rendent difficiles les comparaisons et les homologations des records successifs. Les modifications de règlements intervenants principalement sur la conformité de la machine.

    Ainsi, le record de 1933 (45,055), obtenu par Francis Faure sur un vélo couché Mochet, est annulé un an plus tard par l'UCI qui bannit les vélos couchés des tentatives de record de l'heure.
    À partir de cette date, deux catégories de record voient le jour : ceux qui respectent les normes de l'UCI, ceux qui acceptent tous les types de vélos pourvu qu'ils soient à propulsion humaine.

    Mais, même pour les records homologués par l'UCI, les choses ne sont pas simples puisque l'UCI va modifier les règlements de conformité des vélos a posteriori. On y reviendra plus longuement.
    Voir ici le détail des records successifs :
    http://www.memoire-du-cyclisme.eu/dossie­rs/dos_heure.php

    Cette épreuve est, on l'imagine, un enfer à vivre. Une heure à tourner autour de la piste, le plus vite possible, seul dans la douleur, pas ou peu de repères, les cuisses qui brûlent, le cardio à fond, la déshydratation, la sensation de ne pas assez en faire mêlée à la nécessité de ne pas trop en faire trop vite...

  • 49,431

    Mais revenons à Merckx. Lorsque qu'il décide en 1972 de tenter le record, le tenant est Ole Ritter.

    Le coureur danois de l'équipe italienne Germanvox-Wega, coureur sur route qu'on pourrait qualifier de « bon mais pas top », a établi son record le 10 octobre 1968 dans le vélodrome olympique de Mexico, sur un superbe Cinelli stické Benotto, battant de 500 mètres le tenant belge Ferdinand Bracke.

    https://www.ina.fr/video/CPF04006454

    Comme on l'apprend dans cette vidéo, Ritter avait fait des choix audacieux pour battre le record.

    Tout d'abord, le choix de Mexico, et sa piste flambant neuve. L'altitude (2200 m) a deux effets contradictoires sur la performance d'un cycliste : d'un côté, la raréfaction de l'oxygène limite les capacités pulmonaires des athlètes et de l'autre, elle facilite la pénétration dans l'air. Ritter pensait que le second l'emportait sur le premier.

    Ensuite, sa préparation a été exemplaire, il a accompagné l'équipe italienne de piste qui faisait un mois de stage à Mexico. Ce mois de préparation lui a permis de s'acclimater à l'altitude et de limiter les effets du manque d'oxygène sur son organisme.

    D'autre part, si son matériel ne présente pas de spécificités particulière, le champion a fait un choix important sur le braquet. Alors que beaucoup pensait qu'un record pouvait s'établir autour de 6200 tours de pédales (contre 6260 pour le record de Bracque), Ritter fait un choix inverse et réduit son braquet pour un total de 6328 tours.

    48,653 km, voilà où en est le record.

    On sait que Merckx avait ce projet en tête depuis un certain temps, mais c'est en août 72 qu'il a véritablement décidé tenter la performance. Son calendrier est chargé et les opportunités sont rares et comme le lui rappelle sa femme : « toi, Eddy Merckx, u ne peux pas te permettre de ne pas le battre ». La pression est grande, même pour quelqu'un qui n'a plus rien à prouver.

    Alors Merckx et son staff doivent organiser l'événement, et rapidement.
    C'est même Merckx lui-même qui paiera de sa poche une grande partie des frais. Mais qu'importe, il faut aller vite, ce sera fin octobre ou jamais. Le vélodrome Vigorelli à Milan est choisi.

    Merckx participe à une dernière course le 11 octobre et se rend à Milan, le 12 avec son entourage. Mais les choses ne se passent pas comme prévu, la piste du Vigorelli est inondée et inutilisable pendant plusieurs jours.

    Il faut trouver en urgence un vélodrome de repli, Merckx convainc ses entraîneurs et sponsors, Mexico sera le lieu de la tentative.

    La préparation du champion aura été brève, mais on dit qu'il s'est entraîné quelques jours sur home trainer en respirant un mélange d'air en bouteille équivalent à celui que l'on trouve en altitude.

    Pourtant, Merckx semble fatigué, il a disputé plus de 120 courses de courses en cette année 72 – remportant notamment le Giro et le Tour – dont cinq en octobre, la dernière le 11 octobre, soit dix jours avant de s'envoler pour Mexico.
    C'est donc un coureur épuisé diront certains, à son pic de forme diront d'autres, en tous les cas, c'est un coureur qui est peu préparé qui débarque à Mexico.

    Pourtant, les premiers tours de piste laisse entrevoir un Eddy Merckx très confiant.
    Dès son premier entraînement sur la piste mexicaine, il demande à Ernesto Colnago d'augmenter son ratio, passant de 52/15 à 52/14, et prévoit avec son entraîneur un plan de course lui permettant de battre au passage les records du 5, du 10 et du 20 km, alors qu'il aura à parcourir près de 50 km !!!

    Mais le vent et la pluie font leur apparition à Mexico et Merckx doit reporter sa tentative. Il revoit aussi à la baisse ses velléités de battre les records des 5, 10 et 20 km et met en place un plan de course plus modeste.

    Son entraînement alors se fait sur un circuit automobile à Mexico dernière un derny. Eddy sur un vélo de piste chromée, difficile d'en retrouver la trace.

    Le jour et l'heure de la tentative n'est pas encore déterminée. L'entourage de Merckx pense qu'il faut la tenir le soir (pour des questions atmosphériques), alors que son médecin insiste pour qu'elle se tienne le matin, parce qu'avec le décalage horaire, Merckx est plus habitué à fournir son effort à ce moment-ci.
    Quant au jour, tout dépend de ce qu'annonce la météo. Et la météo annonce des conditions parfaites pour le lendemain, quatre jours après l'arrivée de Merckx en terres mexicaines.

    C'est donc le matin du mercredi 25 octobre que Merckx se lance à l'assaut du record.

    Ce matin-là se produit un petit événement anodin mais qui aura un impact déterminant sur la collaboration entre Merckx et Colnago, et qui constituera un détail important dans l'identification du vélo original.
    À la demande de son sponsor américain, Merckx accepte que l'on pose deux autocollants « Windsor » sur son vélo, marque de vélo mexicaine qui détient la licence « Eddy Merckx » pour le marché américain. Rien de bien méchant sauf que cela met Ernesto Colnago très en colère. Son bijou, son chef d'œuvre, avec les autocollants d'une autre marque... aie, ça fait mal.

    2000 spectateurs dans le vélodrome olympique de Mexico, des journalistes de tous les continents, l'ancien roi Léopold 3, etc. et à 8h56, Merckx enfile son casque, chevauche son rutilant vélo orange et, au coup de pistolet, se met à envoyer les watts.

    Les premiers tours de piste sont très très rapides (plus de 51 km de moyenne) et la suite ne fait que confirmer la forme exceptionnelle du champion. Merckx a été, à tous les points de passage, devant Ritter.
    La cloche sonne selon le plan de course établi, mais Merckx est en avance, très en avance, trop en avance. Le plan de course est complètement ignoré, Merckx semble être sur une autre planète, sourd aux appels de la cloche, insensible à la douleur. Il bat le record des 10 km, puis celui des 20 km. Et même lorsqu'il accuse le coup, autour des 45 minutes de course, son avance est telle que ses chances de réussite restent intactes.
    Les deux derniers kilomètres, réalisés à nouveau à une cadence infernale, lui permettent de reléguer le précédent record à 788 mètres, à plus de deux tours de piste, (le plus gros écart depuis le record de 1912).

    Merckx vient de parcourir 49,431 km en une heure, à 485 watts de moyenne.

    Les vidéos de l'époque montre un coureur exténué par l'effort déclarer qu'il ne sera jamais capable de faire mieux, et laisse aux autres le soin d'améliorer ce record.

    https://www.rtbf.be/sport/dossier/75-ans­-d-eddy-merckx/detail_merckx-a-l-heure-a­-mexico?id=10521067

    https://www.sonuma.be/archive/eddy-merck­x-bat-le-record-de-l_heure

  • Les records après Merckx

    Vexé comme un pou, Ole Ritter va tenter de reprendre son record en 1974, à Mexico toujours. Il tentera trois fois consécutivement – il ne fera que 10 km sur la deuxième tentative, le vent s'étant levé – mais ne réussira qu'à battre son record personnel (48,739 et 48,879 km), mais pas celui du Cannibale.
    https://www.youtube.com/watch?v=YOuY7mXD­WDY

    Puis vinrent les records de Francesco Moser en 1984, de Graham Obree en 1993 et 1994, de Miguel Indurain en 1994, et enfin de Chris Boardman de 1996 (56,375) sur un Lotus rebadgé E. Merckx – pour le plus grand déplaisir de Lotus. Mais ces records seront annulés en 2000, l'UCI estimant a posteriori que les machines n'étaient pas conformes.
    En effet, depuis 2000, l'UCI précise que « les vélos doivent avoir deux roues d'égal diamètre ; la roue avant est directrice ; la roue arrière est motrice, actionnée par un système de pédale agissant sur une chaîne […] Le coureur doit être en position assise sur sa bicyclette. Cette position requiert les seuls points d'appui suivant : le pied sur la pédale, les mains sur le guidon, le siège sur la selle ».
    Le record sera donc rendu à Eddy Merckx avant que Boardman ne le reprenne pour... 10 mètres.

    Entre deux, il nous faut dire un mot sur le double record de Tony Rominger, puisqu'il les a signé en 1994 sur un Colnago, encore !

    https://i.pinimg.com/originals/3f/58/5f/­3f585fa08a4b0cd096c45051f2f3c3c5.jpg

    Le(s) vélo(s) du record

    Cinquante ans plus tard, la légende du vélo du record de Merckx s'est construite autour d'une vérité pas si nette que cela, imaginée à partir de plusieurs réapparitions de ce vélo à New-York d'abord, puis à Seattle, puis à Milan, puis dans le musée Colnago, puis dans les ateliers d'Eddy Merckx, puis enfin dans une station de métro bruxelloise.
    Et une légende, c'est bien connu, ne garde que ce qui l'arrange, quitte à s'arranger avec la réalité.

    Ainsi quand on pense au vélo du record, on pense à ce cadre réalisé par Ernesto Colnago (200 heures de travail peut-on lire sur le site de Colnago) et à toutes ces pièces customisées par l’orfèvre américain des pièces titanesques : Pino Morroni. On pense à la potence en titane, à la tige de selle en titane, aux moyeux en magnesium, au cintre percé d'énormes trous, au jeu de direction en alu et magnesium. Et on pense au poids de ce vélo (5,7 kg) et à la prise de risque énorme sur la solidité des composants. On dit même que les boyaux ont été gonflés à l'hélium.

    Mais cela, une fois encore, relève de la légende. En réalité les choses sont un peu plus compliquées et cette légende se base, comme nous le disions, sur plusieurs vélos dont certains ont été exhibés, montés ou même construits après le record.
    Ce qui est certain, c'est que le vélo du record, tel qu'il était monté le 25 octobre 1972, n'existe plus et ce, sans doute, depuis le lendemain du record.

    Mais alors, comment était ce vélo, le 25 octobre 1972 ?

  • (ça manque de tofs là !!) (pardon, c'est chouette, vais prendre le temps de lire)

  • Le vélo du record, l'original

    Pour décrire ce vélo, celui qui est utilisé par Eddy Merckx pendant une heure ce 25 octobre 1972, il n'y a qu'un moyen : scruter les images de la course. Et surtout, ne pas se fier aux entretiens et articles parus à cette occasion ou après.


    https://pbs.twimg.com/media/DqW5ekjWoAA5­xL5.jpg

    Le cadre d'abord. On sait avec certitude, qu'il a été réalisé par Ernesto Colnago, spécialement pour cette tentative de record. Il a été peint en orange (couleur habituelle des cadres de l'équipe Molteni) avec initialement trois décalcomanies : un petit losange sur le tube de direction (avec la tronche de Merckx) et un « Eddy Merckx » en lettrage bleu sur le tube diago sur les deux faces du tube diagonal. Mais, il n'y a rien sur le tube de selle.
    Quelques heures (quelques minutes ?) avant le départ, Merckx accepte que deux autocollants « Windsor » soient posés sur le cadre. Le premier au-dessus du petit losange sur le tube de direction, le second sur le tube de selle.
    La fourche présente le trèfle bleu sur le deux côtés de la tête.

    Maintenant la direction. Le jeu de direction a des cuvettes noires et un écrou couleur alu. De quoi s'agit-il ? Je ne peux rien avancer avec certitude.
    Dans les vidéos d'archive, on voit Ernesto Colnago changer très souvent de potence et de cintre. Il semble que, dès le premier jour, Merckx s'entraîne sur un ensemble Cinelli 1A / Cinelli Campione del Mundo très largement percés. Un mot à son staff « c'est dangereux, s'il se passe quelque chose... » et aussitôt, Colnago démonte tout pour changer le cintre, mais conserve la 1A. Puis, pour la course (peut-être aussi les jours précédents), c'est la fameuse potence en titane, légèrement plongeante, qui est montée, avec un cintre non-percé (semble-t-il) et une guidoline blanche sur les parties basses du drop.

    Le pédalier. Il s'agit d'un Campagnolo Pista en BCD151, ajouré dans les branches de l'étoile. Quant au plateau de 52, il a été allégé et on distingue clairement les lettres E-D-D-Y gravées au-dessus de chacune des vis.

    L'assise. C'est bien une tige de selle Campagnolo Record, probablement percée sur la partie cachée qui est montée sur le vélo. On voit très clairement la couleur brillante de l'alu sur toutes les vidéos.
    Je n'ai pas réussi à identifier la selle. J'ai lu qu'il s'agissait une Royal modèle Eddy Merckx, mais sans certitude.

    Les roues. Moyeux Campa Record Pista de couleur alu, sans les cache-poussières, 32 rayons, radial à l'avant et croisés à l'arrière. Les jantes ? Pas de certitudes, on peut lire parfois qu'il s'agit de Fiamme Ergal mais c'est difficile à distinguer. Les boyaux sont des Clément Seta à flancs blancs.


    https://bikeraceinfo.com/images-all/phot­o-galleries-images/racers-images/merckx-­eddy/merckx-hour-record-lockwood-james/1­972-merckx-eddy-world-hour-record-track-­lockwood-02.jpg

    Ce bike check, établi à partir des photos et vidéos prises le jour de la course, doit être complété sur la base d'articles parus à l'époque.
    Ces éléments, s'ils ne sont pas démentis par les images de la course, sont à considérer avec prudence.
    Ainsi, on apprend que le cadre présente les caractéristiques suivantes :

    • tube de selle de 60 cm de haut (ctt), avec un angle de 76,5° ;
    • empattement de 96,9 cm ;
    • 3 cm de déport de fourche ;
    • tubes Reynolds 7/10e avec des sections à 4/10e ;
      La chaîne est une Regina Extra de 100 maillons limés et percés à la main par EC (on peut d'ailleurs voir des photos de cette chaîne sur le site Colnago).
      Les pédales sont des Campagnolo pistifiées avec axe en titane et absence de cache-poussières.

    On apprend aussi que Cino Cinelli aurait été consulté par Ernesto Colnago sur la fabrication du cadre et le montage du vélo. Cinelli aurait même proposé un moyeu avant customisé (avec réduction de la flasque) pour réduire encore la résistance dans l'air, mais il n'a pas été retenu par Colnago.

    Je laisse volontairement de côté les composants Morroni qui font l'objet d'un paragraphe dédié.

    Le vélo de rechange

    Sur les vidéos de Mexico, on voit très clairement qu'il y a un deuxième vélo. On y voit pas forcément Merckx dessus, mais on le voit posé pendant les séances d'entraînement et on le voit surtout dans les bras de Colnago pendant la course.
    C'est à peu près le même vélo que l'officiel, à la différence :

    • du jeu de direction, un Campa de couleur alu ;
    • de la potence 1A (mais cintre non percé) ;
    • du décalco sur le tube diagonal : « Eddy Merckx » sur un large bandeau bleu.

    À Mexico, on est donc certain qu'il y avait deux vélos, trois paires de roues au moins, deux montées sur les deux vélos et une troisième de rechange (jantes Nisi sur moyeux record, 32 devant, 36 derrière) et plusieurs potences et cintres.

  • Réapparition du vélo : montages alternatifs, répliques et fantasmes

    Le mystère qui accompagne ce vélo est sans doute né dès le lendemain de la course. On imagine très bien les convoitises qu'il a attirées. Rendez-vous compte, le vélo du record de Merckx !

    Donc, on peut avancer que, dès la course achevée, les vélos ont été démontés et emballés pour le retour en Italie. Mais même cela, nous n'en sommes pas certains. On pourrait imaginer qu'un des deux cadres soit resté au Mexique (chez Windsor) ou aux États-Unis, ce qui expliquerait que les premières réapparitions du vélo supposé se soient produites sur le sol américain.

    En tous les cas, ce qui est certain c'est que, lorsque le vélo réapparaît, il est déjà différent de son montage original. Sont-ce des (re)montages approximatifs ou des répliques ?
    Nous passerons sur les nombreuses répliques grossières qu'on peut trouver sur le net pour nous concentrer sur celles qui présentent un intérêt dans notre enquête.

    La première fois que le vélo réapparaît c'est à l'occasion du New-York City Cycle Show de 1973. Cependant, il s'agit d'une réplique, le cadre est petit (52-53 maximum) et les composants ne correspondent pas.


    https://www.velo-pages.com/main.php?g2_i­temId=13460

    Puis, on en retrouve un autre à une expo new-yorkaise à la fin des années 70

    https://4.bp.blogspot.com/-ocRxPUvSVoc/U­34UFIXeXFI/AAAAAAAACj4/ENZShDxfmtw/s1600­/Merckx+bike4.jpg

    En revanche, celui-ci semble bien être l'original. En tous les cas, la plupart des indices concordent : l'autocollant Windsor sur le tube de selle, la fourche, les composants (le jeu de direction, les roues, le pédalier, la potence, etc.).
    Cependant, on peut avoir quelques doutes, notamment lorsqu'on inspecte le décalque du tube de direction (le losange paraît plus grand ici que sur le cadre original), celui sur le tube horizontal et les deux petits autocollants sur le tube de selle (absents sur le cadre de Mexico). Ont-ils été ajoutés après ou s'agit-il d'une réplique assez convaincante ?

    Il faut ensuite attendre 1991 (soit près de vingt ans) et une photo prise dans une boutique de cycle de Seattle pour retrouver la trace de ce vélo.


    https://1.bp.blogspot.com/-ptyLknR9KV0/U­34dOwkr0kI/AAAAAAAACkE/WFwySqIA_Jc/s1600­/merckx+hour+record.PNG

    Tous les bons composants semblent y être (sauf peut-être tige de selle et selle qui paraissent légèrement différentes), mais les décalques ne correspondent pas du tout et le trèfle du té de fourche n'est pas visible. Première hypothèse : il s'agit d'une réplique sur laquelle on a monté les composants du record. Seconde hypothèse : c'est bien le vélo du record, mais le cadre a été repeint.

    En 2012, on peut revoir un vélo annoncé comme étant celui du record pour le Giro d'Italia Hall of Fame

    https://3.bp.blogspot.com/-58wRKTkM3z4/U­34ltqfhdPI/AAAAAAAACkU/4G4HvdGi5Bo/s1600­/Merckx_Hour-bike.jpg

    Ce vélo n'est clairement pas celui du record, mais il est très intéressant. Il se pourrait que ce soit le cadre du vélo de rechange auquel on aurait monté les pièces fournies par Pino Morroni.

    Mais revenons au vélo du record. En 2003, Eddy Merckx parle de son vélo lors d'un entretien filmé dans les ateliers E. Merckx près de Bruxelles.


    https://4.bp.blogspot.com/-qKDumYqOBrY/U­348oORLa8I/AAAAAAAACk4/U0KlmB3ma9Q/s1600­/merckx+bike.PNG


    https://2.bp.blogspot.com/-Ybg7-nnJZto/U­344lJ8qcWI/AAAAAAAACkw/8WbcGKZo3kM/s1600­/merckx+bike1.PNG

    Le fait qu'il soit chez Merckx plaide en faveur de son authenticité, cependant, il faut faire quelques remarques :
    l'autocollant en losange sur le tube de direction paraît plus grand (comme sur le cadre présenté à New-York ;
    l'autocollant sur le tube diagonal semble être correct ;
    les autocollants Windsor ont disparu ;
    un autocollant en losange est posé sur le tube de selle ;
    et surtout, le trèfle sur la tête de fourche se distingue à peine (il n'est pas peint en bleu de toute évidence.
    Donc, on peut imaginer que ce cadre est le cadre du record mais qu'il a été repeint. On peut même penser qu'il s'agit de celui qui était dans la boutique de Seattle, mais que l'autocollant du tube diago a été changé pour un modèle semblable à celui de Mexico.

    Dans l'entretien, le journaliste demande à Merckx combien vaut ce vélo, ce à quoi il répond qu'il n'est pas à vendre et qu'il va le donner à un musée bruxellois.
    En réalité, ce musée bruxellois est la station de métro inaugurée en 2003 qui porte le nom Eddy Merckx dans laquelle on peut voir le vélo.
    Mais là encore, les choses ne sont pas si simples. Le losange sur le tube de selle semble avoir été légèrement remonté. Et deux bandeaux ont été ajoutés sur ce même tube de selle.
    Le cintre a été remplacé (exit le cintre percé qui figurait dans les ateliers de Merckx)

    Ça y est, l'enquête est close, on a retrouvé le vélo du record. Il est à Bruxelles, dans la station de métro, il a été repeint au moins une fois (sans doute deux fois), les autocollants ne sont pas d'origine, mais il s'agit bien du cadre construit par Ernesto Colnago, utilisé par Eddy Merckx à Mexico pour battre le record du monde de l'heure.

    Eh bien, en fait, non. L'enquête n'est pas terminée, au contraire. Parce que lorsqu'on étudie les différentes photos du vélo de la station, on se rend compte qu'il y a eu plusieurs vélos dans cette station et oh surprise !!


    https://image.routeyou.com/shrink/fit/40­0x300/844b133ae57a93b393ca20601992dae9_b­ab2f3c63ec44e8c1e18d35f3d731b777c7cda3d.­jpg


    https://image.shutterstock.com/image-pho­to/anderlecht-brussels-belgium-10-09-260­nw-1197950929.jpg


    https://siena.rosselcdn.net/sites/defaul­t/files/dpistyles_v2/ena_16_9_extra_big/­2019/02/12/node_345780/1233107/public/20­19/02/12/B9718554937Z.1_20190212000610_0­00%2BGULCVBVDA.1-0.png.jpg?itok=rrWcBjmX­1554035786

    Sur cette photo, on dirait bien le cadre original du record, avec les autocollants originaux. Incroyable !!
    Seuls les boyaux ne semblent pas d'origine.
    Donc, si ce vélo, exposé en 2003, est l'original (avec peinture et autocollants d'origine, ceux présents dans les ateliers d'E. Merckx, et ceux présentés dans les boutique et salons américains sont des répliques.

    L'original a été exposé puis remplacé. Ou est-ce l'inverse ? Une réplique puis l'original ?

    En tous les cas, on a pu revoir ce vélo à l'occasion d'une exposition pour les 70 ans de deux grands champions belges Eddy Merckx et de Jacky Ickx à Bruxelles en 2015.


    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/c­ommons/thumb/9/96/Eddy_Merckx_bike_-_Mex­ico_City_1972.JPG/600px-Eddy_Merckx_bike­_-_Mexico_City_1972.JPG

    La tds originale n'est pas montée sur le vélo, mais est-ce celle située en vitrine juste à côté ? Auquel cas, la tds originale n'est pas percée.

    Mais deux détails me chagrinent : l'absence de trèfle bleu sur la tête de fourche et l'autocollant « Windsor » sur le tube de direction, ou plutôt l'absence du décalques en losange en dessous de l'autocollant « Windsor » qu'on distingue pourtant bien sur les images d'archive.

    Ce cadre, original pourtant, a-t-il été repeint et restické à l'identique (ou presque) ?

    On le voit bien, il reste encore beaucoup de questions en suspens, mais il est temps d'arrêter l'enquête.
    Mon hypothèse est la suivante : le cadre du record a été conservé par Eddy Merckx pendant 30 ans. Il a été exposé un temps dans la station de métro et a retrouvé la collection personnelle de mister Eddy. Il est juste ressorti en 2015 pour l'expo Merckx/Ickx.
    Tous les autres sont des répliques plus ou moins officielles réalisées pour l'importateur officiel Merckx aux États-Unis ou pour le musée de Colnago ou le hall of Fame du Giro ou encore pour la station de métro (en remplacement de l'original).

  • Vélo pour présentation au publique et



    Captures de @Munny

  • L'intrigue des composants Pino Morroni

    Pour être complet sur le mythe qui entoure ce vélo, il faut évidemment faire le point sur les composants du magicien italo-américain.

    Morroni était connu à l'époque (enfin pas tellement) pour fabriquer des composants en titane et en magnesium.
    Quelques coureurs célèbres utilisaient ses composants : Wayne et Dale Stetina, Greg LeMond, Andy Hampsten, Francesco Moser, Felice Gimondi, Gianni Bugnoet évidemment Eddy Merckx.

    Ainsi, en vue de la fabrication du vélo du record, Ernesto Colnago a demandé à Pino Morroni de lui livrer plusieurs composants :

    • la potence bien-sûr qu'on reconnaît sur toutes les images d'époque, en titane, légèrement plongeante ;
    • une tige de selle en magnesium, non utilisée pour le record mais qui pourrait être celle qui équipe certaines répliques et notamment
    • les axes des moyeux, réalisés en titane ;
    • l'axe du boitier de pédalier, en titane et les vis en aluminium ;
    • et enfin le jeu de direction en aluminium (cuvettes noires et écrou supérieur couleur alu) utilisé lui-aussi le jour du record.

    Pour ceux qui veulent en savoir plus sur Pino Morroni et ses productions « Pino Patent » :

    https://bikeretrogrouch.blogspot.com/201­4/08/pino-moronni.html

    http://www.cyclingutah.com/april/april99­/classic.html

    https://tandemgeek.wordpress.com/2010/06­/13/pino-morroni-a-retrospective/

    https://www.bikeforums.net/classic-vinta­ge/1197180-equipment-product-review-1974­-pino-morroni-components.html

    En espérant que cet article vous a plu Merci @Munny et @AlainM d'avoir partagé avec moi leurs connaissances.

    SOURCES

    Sur E. Merckx

    Rivalités
    https://www.atlantico.fr/decryptage/3576­947/les-principaux-rivaux-dans-l-ombre-d­e-la-legende-eddy-merckx-raymond-poulido­r-tour-de-france-jean-cleder

    Cadreurs d'EM
    http://www.classicrendezvous.com/Benelux­/Merckx/bicycle_makers.htm

    http://www.classicrendezvous.com/Benelux­/Merckx_main.htm

    Sur Charles Terry
    http://lecycleur.com/belgian-bikes/terry­n/charles-terryn-bicycles/

    Sur le record
    https://besidesport.com/record-de-lheure­-merckx-au-top-pendant-28-ans/

    https://cyclehistory.wordpress.com/2015/­03/05/a-history-of-cycling-in-n1-objects­-no-3-merckxs-hour-record-bike-1972/

    https://bikeraceinfo.com/riderhistories/­Merckx-Hour-Record.html

    Sur les performances des records
    http://uv2s.cerimes.fr/media/revue-eps/m­edia/articles/pdf/70253-25.pdf

    Sur le vélo

    https://cycling-passion.com/eddy-merckx-­hour-record-video/

    https://bikeretrogrouch.blogspot.com/201­4/05/will-real-hour-record-bike-please-c­ome.html

    https://www.colnago.com/en/news-en/story­/did-you-know-that/

    http://www.velo.se/cykling/cykelhistoria­-eddy-merckx-timrekord-och-en-specialgjo­rd-colnago/

    https://cyclehistory.wordpress.com/2015/­03/05/a-history-of-cycling-in-n1-objects­-no-3-merckxs-hour-record-bike-1972/

    https://www.velo-pages.com/main.php?g2_i­temId=44938

  • Voilà, tout est posté, bonne lecture, n"hésitez pas à commenter et à compléter...

  • J'ai lu en diagonale mais c'est génial, beau boulot ! Ça donne envie de faire un diaporama complet des vélos du record

  • @fra Je vous donne la mention la plus distinguée à savoir "très honorable avec félicitation du jury " Bravo pour ce travail de fond.
    Merci, ça claque !

  • Bravo!
    Juste une correction de cette coquille qui persiste sur ClassicRendez-vous: le cadreur qui officiait pour Terryn (prononcer Terre-Heine & pas Terrine) & qui a construit plusieurs cadres dont Eddy Merckx s'est servi pendant la saison 1969 s'appelait Marcel Vandenneste. Il était un constructeur réputé mais un peu cabochard ("' fallait qu'il ait envie" selon le patron d'une autre grande maison bruxelloise): il avait participé au concours de machines organisé en 1954 à Bruxelles -la 2ème Poly belge-& terminé 4ème du challenge des constructeurs (Sa marque était... Marcel). Il n'existe aucune image de lui: il refusait d'être photographié car il exerçait son art en marge de la légalité. Sa profession officielle & déclarée était barman. Il est mort à 68 ans, le 27 septembre 1986.

  • Pfiou !

  • Bravo Fra!

    J'ai pas compris pourquoi tu parles de Coppi.
    J'ai appris pas mal en te lisant.

    La performance par rapport à Ole est d'autant plus impressionnante quand on tient compte de l'acclimatation à l'altitude (1 mois chez Ritter et rien chez Merckx)

  • J'ai pas compris pourquoi tu parles de Coppi.

    Parce que c'est un des rares à jouer dans la même cour que Merckx

  • Au top ! Merci !!!

  • Sensationnel ton récit Fra ! Merci
    Le circuit automobile de mexico c'est celui des frères Rodriguez (Autódromo Hermanos Rodríguez) surement.

  • Merci beaucoup pour ce boulot Fra !

  • Il y a longtemps, en abordant le sujet du vélo du record, j'évoquais les multiples rumeurs et fakes qu'on trouvait déjà sur le web.
    La personne n'était pas connectée, mais, avec un petit sourire, me répondait "M'enfin, voyons! Le vélo, il est chez lui, avec la plupart de ses vélos de course".

    C'est à la lumière de tes recherches, que cette petite phrase me revient en mémoire.
    J'ai déjà constaté à plusieurs reprises que dans le milieu du cyclisme local, il y a une omerta de la part de ceux qui savent. Pour les vélos d'une équipe comprenant un ancien champion du monde, il m'a fallu des années pour avoir la confirmation.

    Ce cadre, original pourtant, a-t-il été repeint et restické à l'identique (ou presque) ?

    Sur VRC, j'ai parlé d'un faux.
    Vendeurs français ayant plateaux sur rue.
    Le cadre a été "restauré" et comme promis, je te donnerai la piste.
    Est-ce que les trèfles bleus ont été oubliés?
    Ou est-ce délibéré?
    Un des aspects de la personnalité du baron que tu n'abordes pas, c'est une rancune tenace.
    Cela peut être vu avec la haine qui l'a opposé à Freddy Maertens (un autre monument) pendant de nombreuses années (30 ? 40 ans? ).
    C'est peut-être un oubli, ou alors, "cela, tu laisses. Pas de peinture! "
    Rancune, ostracismes (Ward Sels par exemple - je devrais relire le bouquin en flamand que j'avais acheté quand j'ai restauré son vélo), ... Il ne tolérait qu'un patron.
    En même temps, j'ai eu des commentaires d'un de ses équipiers, aujourd'hui décédé (Un grand Monsieur, un gentleman. Pas comme ce #%$& de --- qui te traitait en esclave: "Pousse moi! Plus fort! Encore..." )

    Je ne connais rien à ce qui a du être un divorce avec Ernesto. Mais plusieurs (cadreurs, vélocistes) m'ont dit: tu faisais exactement ce qu'il voulait ou il allait voir ailleurs.
    Je crois que le cadreur mécano n'avait aucune liberté. Il pouvait proposer ou se faisait imposer.

  • @AlainM un barman qui cadre en sous-marin, ça devait être un type intéressant ton Marcel 😁

    @Fra bravo et merci je m'étais déjà intéressé à l'histoire de ce vélo - assez naturel quand on s'intéresse au bonhomme - et on trouve vraiment tout et n'importe quoi à son sujet, donc déjà merci parce que ça a dû te demander pas mal de recherches et encore merci parce que j'ai appris plein de trucs 👍

    Quelqu'un sait pourquoi le réglage de selle est dégueu sur le velo de la station de métro ?
    C'est juste pour marcher avec l'autocollant en forme d'Eddy sur la vitrine ?

  • Il parait, oui: un petit bonhomme truculent - j'ai oublié de préciser qu'il était barman de nuit-. Il est mort dans des circonstances assez brutales (je raconterai ça un jour).

  • (Si c'est aussi passionnant que l'exposé sur l’œuvre de Bibibike je suis preneur ! On veut du racoleur croustillant haha (clin d'oeil hein :) )

  • Merci à tous pour vos bons mots !

    @ງครɬ๑ຖ sur cette photo, prise au Vigorelli quelques jours avant de départ pour Mexico, on voit donc Ernesto Colnago qui tient le vélo et surtout on voit Merckx qui présente son vélo à ... Ole Ritter (avec un bel ensemble perfecto / chemise à carreaux). S'il semble bien que le cadre soit l'original (ainsi que le pédalier), on peut noter que le jdd n'est pas le Morroni.

    @OuinOuin Je ne sais pas pourquoi la tds sur le première vélo de la station est tombée. Elle a peut-être été mal serrée et avec le temps, les vibrations des métros, elle est tombée. Pour moi, ce n'est pas la tds originale, mais une (la?) Pino Morroni, on distingue légèrement sa couleur noire.
    Autre éventualité, le cadre est une réplique et le tube de selle a un diamètre un peu plus grand que celui de la tds. Auquel cas, même ce cadre, que je pensais original, ne l'est pas...

    @Munny L'éventualité pour que le cadre original ait été repeint ne fait donc plus aucun doute. Dans ce cas, ton hypothèse de la rancune tenace semble correcte. Car si on regarde le premier vélo du métro, cela signifie que Merckx a fait repeindre le cadre, en masquant volontairement ou non le trèfle Colnago, mais en faisant reposer les autocollants Windsor, dont on sait qu'ils ont été un casus belli entre les deux hommes.

    Plus ça va, plus je trouve que les similitudes entre Merckx et Jordan crèvent les yeux... Jordan étant cependant plus trashtalker que Merckx, toujours très lisse avec la presse.

  • Pour aller plus loin dans ces histoires de rancune. On peut noter quelques détails intéressants dans le vélo exposé au musée Colnago :

    Ce vélo est donc celui de rechange, peu de doute là-dessus :

    • les pets de peinture et l'usure du décalque sur le tube diago montrent qu'il n'a pas été repeint
    • le pédalier est identique (manivelle ajourée, plateau allégé mais sans les lettres e.d.d.y gravées
    • jdd campa alu.
      Mais :
    • les roues (jantes Nisi et moyeux en magnesium) ne sont pas celles du vélo de rechange que tient Colnago pendant la course (cf. vidéo Sonuma)
    • la tds non plus, il s'agit là d'une Morroni, à en juger par le chariot typique
    • potence et cintre non plus (mais ce cintre a été utilisé pendant les entraînements de Merckx à Mexico)

    Et surtout : les autocollants :

    • grand losange sur le tube de direction (rajouté plus tard, les losanges originaux étaient plus petits)
    • une inscription COLNAGO sur le tube horizontal (non présente le jour du record)
    • et surtout un bidouillage incroyable sur le tube de selle, comme si Ernesto avait voulu laisser une trace d'un autocollant Windsor sur lequel on aurait posé un losange EM.
      Une manière de dire, "c'est moi qui ai le dernier mot"
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Colnago - Eddy Merckx - Record du monde l'heure 1972

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