Tout vient à point ;)

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  • Le 029 est mignon !

  • merci pour le postage de la ptite collection en un temps record :)

  • tu parle de steelvintage ? ou un autre collector ? j'en connais un autre type sur insta, je sais plus son nom mais je lui ai vendu des trucs déjà : exclusivevintage, un truc comme ca je pense

  • Vélorenaissance, je viens de retrouver dans mes favoris.
    Ils vendent sur Ebay sous un autre nom.
    Ils ont/ont eu entre autre un RMO de Patrick Vallet, ancien coureur de l'équipe et maintenant organisateur de l'ardéchoise, proposé cadre nu à 500 euroubles assez longtemps, mais qu'ils aveient acheté complet et d'origine full mavic ssc pour 180...

  • Bon le dernier jouet dans la Cambrousse.

    Le Gitane FDJ CLM de Nicolas Fritsch de 2000.

    Racheté par @Fra au club de la Madeleine du coup si j'ai tout bien lu, je l'ai récupéré ensuite, parce que c'est un cadre pro, et parce que je trouvais marrant de m'en servir pour faire des CLM et des Gentlemens en fin de saison à moindre coup qu'en m'achetant un CLM récent.

    A l'achat c'était comme ça :

    Remonté en V1 c'est comme ça :

    Cadre en COLUMBUS Altec 2 plus pro serie, ultra light c'est hallucinant.
    Fourche aéro carbone MICHE si je me rapelle bien ce qui était écrit dessus.
    SRAM force 10V avec une galette de 55 dents qui se supporte très bien.
    MAVIC 3G surtout pour le fun parce que j'ai flippé avec lors de mon test de cette aprem...
    BONTRAGER ici et là pour le poste de pilotage
    Chinoiserie du @spraynasal en guise de TDS

    Je vais devoir choper une selle de CLM ou Tri parce que le périné...
    La potence est longue, -30mm ce serait bien et la tds serait dans le bon sens.
    Une TDS sans déport se serait pas mal non plus.

    Bref, il roule, et il va rouler lui :D

    P.S. j'ai mis à jour la page 1, et je me suis fait un Pedal Room qui ne contient pour le moment que ce seul vélo ^^

  • Sacré avion :)

  • Le combo cinelli clm tu la gardé ?

  • Terrible ! Grosse grosse capacité d'avion de chasse effectivement...

  • Yes, je le garde pour le remontage à l'origine prévu pour quand j'aurais eu les sous pour acheter un CLM en charbon (si j'en ai l'utilité).
    DA 7700 team edition, Comète et Cosmic d'époque, histoire de lui redonner son lustre d'antan quoi.

    @openshrine ce serait bien que ce soit le cas, je flippe un peu sur les prolos et le vent latéral dans les 3G c'est un poil coton à gérer ^^

  • A réserver aux routes désertes et sans vent alors ;)

  • Trop bien de le voir monté !

    Tu cherches des roues ? J'ai les Cosmic carbone (celles avec les beaux autocollants) dont je ne me sers pas...

  • @wapdawap même remarque à propos du Altec2ProSeries, il est fou ce tubing..

    Trop cool de le voir monté le CLM FDJ, j’arrive pas trop à savoir chez qui ils ont sous-traité la fabrication, Cyfac ?

    La géométrie est limite flippante..

  • Je n'ai pas pesé, j'aurais dû, mais à comparer avec du charbon je ne pense pas qu'on soit très loin. Je trouve ça dingue ^^

    Je me suis posé la question aussi de la sous traitance. Mais je pense qu'à l'époque Gitane devait peut-être être encore en capacité de fabriquer ses propres cadres.
    Ce n'est pas la frappe Cyfac non plus, bien qu'ils ont sous traité pour tout le monde, y compris RMO de ce que @RuralCyclo m'avait dit.
    Bref, faudrait que je demande au pilote original via les interweb si il a des infos là dessus.

    Flippante je ne sais pas, méchante par contre, oui :D

  • Je viens de trouver une photo d'un de mes Graal ...

    Salmon? Apparement c'est fort possible vu le lien avec Peugeot pour Chalmel sur Bordeaux Paris en 600/700.
    Michel?
    Un autre cadreur...
    J'en veux tellement un...

  • Bonjour M. DaWap, nous n'avons pas pu lire votre récit du PBP. Aurons-nous la chance de lire votre aventure un jour ?
    Cordialement,
    M. Naze

  • Ola Sieur Naze,
    Plus le temps file, plus je pense à ce récit que je n'écris pas faute de temps pour m'installer derrière ma machine à écrire.
    J'espère réussir à ne pas oublier de détails, et surtout avoir le temps de vous pondre un petit pavé rigolo.
    Mais une seule chose est certaine, vivement 2023.
    Objectif 48h?
    Ahaha

  • Faut que t'arrêtes de rouler et que tu te mettes à écrire !

  • On m'en a demandé un pavé.
    Je vous ai donc fait un pavé. Ce sera très long à lire. Sans doute très chiant aussi.
    En plus, je n'ai pas de photos à insérer au milieu pour ponctuer la lecture. Ni en couleur, ni en N&B.
    Du coup je vous colle au moins celle là ;)

  • Paris-Brest-Paris 2019, 19e édition
    60 heures chrono

    "Je fais le prochain".

    Le défi s'est imposé il y a deux ans. (En 2017 du coup)
    Paris, Brest, Paris.
    C'est un mythe.
    Ça sonne bien à mes oreilles pour en avoir entendu parler depuis tout petit.
    Ça en impose quand on réfléchit à la distance.
    Ça s'annonce coton du coup.
    C'est un sacré motivateur sur du long terme.
    C'est aussi un bon prétexte pour s'essayer à la compétition et aussi à se tenir enfin à des entrainements sérieux d'ici là.
    En gros, c'est comme cela ça a commencé dans ma tête.

    Ensuite tout s'est assez vite enchainé, entre entraînements en groupe à l'USSH, rejoint pour la saison 2018-2019 en PASS cyclisme (attention ça ne rigole pas avec les intentions), les entraînements en solo, les randos FFCT, les premières compétitions et des résultats vites intéressants, les BRM qualificatifs de 200, 300, 400 et 600km de 2018 et 2019 et leurs belles rencontres, et enfin l'inscription pour le départ du 18 Aout 2019.
    Ce sera le C à 16h30 pour moi. Troisième vague faute de place dans les précédents sas.
    La pression monte, mais pas trop quand même. Après tout, l'idée c'est de faire une grande sortie aller-retour de 1200km.
    C'est juste un truc un peu débile quoi. Tellement débile qu’à la suite des BRM qualificatifs de 2018, je me suis rajouté un challenge. Boucler cette bêtise dans un temps maximum imparti de 60 heures en solo.
    Tout va bien.

    Vous pourriez croire que je raconterais tout.
    Rien n'est moins vrai.
    Faisons donc un gros raccourci dans la préparation.

    Samedi 17 Aout, Départ de la maison à 7h sous des trombes d'eau direction Rambouillet.
    Route dirons-nous humide, pour ne pas froisser certain(e)s breton(ne)s, pendant 400km. On est heureux.
    Parking devant les grilles du parc de Rambouillet, pile poil dans les temps. Ça gère.
    On se rends à la Bergerie et il y a du monde. Contrôle machine prévu à 12h30. Il pleut toujours.
    Tient coucou Pierre-Yves (@Grecko). Première rencontre du weekend, petits blablas, on est aussi chaud qu'il fait frais. Lui vient de passer le contrôle et retourne se préparer à l'abris dans un appartement douillet.
    Tient des vtt avec tout le barda, c'est des fifous ça.
    Tient ça bouchonne, on fait la queue, dehors, sous la pluie... Ça valait bien le coup de donner des horaires pour fluidifier l'affaire.
    Vous l'aurez compris, râler, c'est la base. En tout cas, ça fait passer le moment.
    Tient des vélos de dentistes asiatiques. Cadre Cipollini, roues à bâtons, monté Sram AXS avec tous les bonus Ceramic Speed et tous les accessoires en carbone ultra light possible. 6,4kg max tout équipé à vue de nez, 60kg à tout péter avec le petit bonhomme dessus. 10 à 12k€ ? On n’a pas tous le même budget.

    Il y a vraiment plein de monde. C'est fou. Et de partout qu'il vient ce monde surtout. On ne comprend pas tout ce qu'il se dit autour de nous. Mais ils doivent parler de la pluie, et du monde qui fait la queue, ces cyclistes. C'est obligé.
    Tient, des fat bikes, il faut être timbré là pour le coup. Sacrés asiatiques.
    Malgré le déluge et le froid, on est toujours heureux. Encore devrais-je plutôt dire, ça pourrait être un poil décourageant. Les gars qui viennent au contrôle à vélo on tout mon respect.
    Après une grosse heure d'attente le vélo est contrôlé en 30s chrono. Papy Jean n'est pas là cette année, dommage. Mais il aurait été vachement plus regardant sur le matos. Je suis sauvé.
    Mes câbles de dérailleurs sont quasi morts. Heureusement j'ai changé chaîne, cassette et pneumatiques. La base. En bonus, le vélo est propre pour faire comme si.
    Interlude ON "Autant vous rassurer tout de suite, à ce jour de Décembre, les câbles usés sont encore en place et tiennent la route. Confiance dans le matos. Je ne roule pas une Rolls." Interlude off.

    Ensuite, direction la récupération du dossier.
    Abandon du vélo dans le parc bondé et boueux tel un parcours de cyclo-crotte du dimanche. Saut au-dessus des flaques de bouillasse. Je chasse le terrain pas trop meuble avec l'agilité qui me caractérise. Pas loin de nulle.
    On attend finalement un peu à l'entrée, mais c'est vachement raisonnable comparé au contrôle machine.
    Mamie n'est pas là cette année. Dommage, on aurait bien rigolé et pris un certain temps. Sauf si on s'était fait mettre dehors fissa parce que faut pas que ça traîne.
    Le bâtiment est vraiment sympa. La hauteur sous plafond permet d'envisager le stockage de quelques vélos en hauteur. Ça donne des idées. Les graffitis de noms et dates pluri-centenaires sont amusants.
    Manon récupère le dossier du véhicule suiveur, stickers, parcours, recommandations utiles. Au poil.
    Mais il fait trop froid et humide, faut que je pisse. Je n'en peux plus depuis 2 heures. Toute cette flotte...

    Épreuve 1 franchie. Au poil, on gère.
    Petit tour rapide des stands de la cour centrale. Rien de dingue ne me saute aux yeux.
    Ah si tient, un vélo chargé, cadre carbone coupé en deux derrière la douille de direction, garé le long du mur derrière le stand Alex Singer. Commence mal le PBP là...

    Ah oui j'ai, dis "on", et "Manon".
    Bon eh bien de fils en aiguilles, les choses de la vie font que je ne fais plus PBP en mode solo yolo comme annoncé à l'origine.
    Mademoiselle depuis un an, est motivée comme jamais et a décidé de faire son PBP à elle en solo dans le camion pour pas me laisser trop yolo sur le chemin. Bon solo, il y a Minicat avec elle, mais pas certain que ça l'aide.
    Tout le monde lui a dit que ça allait être dur seule. Elle est Bretonne. Elle est têtue. Vous avez compris quoi. Je crois qu’on se complète bien, vous comprendrez plus tard.
    Bref double PBP en vue, ça va être de la balle. N'imaginez pas que j'ai commencé par imaginer une phrase graveleuse ici.

    Boustifaille au fourgon, glandouille comme il se doit, et une fois l'après-midi bien entamée, direction le concours de machine.
    Tentative avortée d'y rencontrer Antoine (@Grosnaze) au passage. Mais Boris (@RuralCyclo) est là lui. J'aperçois aussi @Elyasmina dans la place.
    Les vélos sont sympas dans l'ensemble. Dommage, aucun ne réponds à mes yeux totalement au cahier des charges. Surtout, aucun des constructeurs avec qui j'ai discuté ne fait le PBP sur son vélo. Ça perd de son charme.
    En revanche pression de Mademoiselle qui tombe sous le charme de la randonneuses Berthoud et des autres machines au look vintage classique. Le porte-monnaie va prendre cher un de ces jours...
    Tout de même, et c’est gratuit pour le coup, les rdvs sont pris pour aller visiter les cadreurs Nantais Petit-Breton (cadre carbone sur-mesure) et Ernest cycles (bambou).
    Rien de fait aujourd'hui encore, il n'y a pas le feu au lac.
    Il pleut toujours quand on en repart, ce n'est pas drôle sinon.

    La fin de journée est arrivée super vite. On va se faire une grosse viande à Hippo le soir pour se préparécupérer (pas de faute d’orthographe ici, mix de préparer et récupérer) de la journée humide commencée aux aurores à 5h du matin, et aux aventures du lendemain et plus encore.
    Au retour, on gare le fourgon, mine de rien, dans l'enceinte du château pour être au calme.
    Petite nuit de 6h. Non pas plus. Il pleut la nuit et il y a du vent, les branches frottes sur le toit et ça résonne dans le camion. Dormir trop avant un BRM c'était tricher, enfin, je n'ai jamais pu, ou réussi en fait. Pourquoi changer cette habitude ?

    Il pleut toujours et encore au réveil.
    Super pré-PBP. Mais ça ne serait pas drôle si tout était parfait.
    Petit déjeuner et préparation à la cool dans l'univers humide ambiant.
    Organisation des fringues et de la bouffe pour les deux jours et nuits à venir. Stickers apposés sur le camion. Rangement du petit merdier qu'on a déjà réussi à mettre dans notre véhicule d'assistance à tout faire.
    Je check le vélo une dernière fois, appose les plaques, les lumières, le garde boue, règle la pression des pneus, check leur état au cas où. Tout est paré.
    On ne se stress pas, et un plat de pâtes avec tranche de jambon blanc le midi termine une préparation poussée et calibrée à l'extrême à l'événement.

    Le monde revient en masse à partir de 14h à l'approche des départs et la fête commence. Photos, embrassades, encouragements, le monde entier à vélo passe devant nos yeux.
    15h00, il ne pleut même plus et il y a du soleil. Les nuages s'estompent. Incroyable.
    Habillage final en court, il fait beau et presque bon maintenant en cette fin d'été. Ce serait bête de surchauffer à se mettre en vrac dès les premières bornes.

    C'est l'heure de se diriger vers le départ. Nous partons à pieds avec Manon.
    L'aventure en mouvement commence par pas mal de rencontres. Nous croisons les collègues de l'ACV, le club FFCT des grands parents, Vincent Francou l'ancien président accompagné d’un autre membre dont j’ai oublié le nom (j’ai une mémoire de poisson rouge pour les noms) qui vont eux aussi faire leur premier PBP. Puis Philippe Launay avec qui j'ai fait les brevets qualificatifs de 300 à 600 cette année au départ de Angers. Il prend le départ D, après moi donc. Son pote Philippe Cassebois-Mangin, ancien vététiste de descente pro, premier PBP en vue également, avec qui nous avons aussi fait les brevets préparatifs est déjà dans le sas du départ B.

    Je me dirige vers le sas C dont l'usage n'est pas très clair au premier abord. On attend avec tous mes comparses d'un sas. Encooooore. Au moins il ne pleut plus et le mercure monte.
    Manon me donne finalement mes chaussures que j'enfile, et nous décidons de nous retrouver une fois le contrôle du km 0 franchit.
    Matthieu Bretaud de l'AC Ancenis, avec qui j'ai fait mon 200 qualificatif en 2018 et que j'ai recroisé sur plusieurs courses ensuite, me hèle alors qu'il vient assister aux départs du jour. Lui ne prends la route que demain à 5h, il veut rouler un minimum de nuit. C’est une stratégie intéressante qui se révèlera payante avec 57h20 sur la ligne pour lui.

    Le contrôle est enfin ouvert et la queue commence à se mettre en mouvement, doucement, à pied pour commencer. Premier tampon, enfin les choses sérieuses commencent. Je continue toujours à pieds jusqu'à la grille de départ. Il y a 500m à 1km à faire. Pourquoi monter tout de suite sur le vélo alors qu'on va se farcir 1220km ensuite ? En plus le sol est plein de silex, de trous, et je n'ai pas envie de crever comme une tarte avant le départ. J'ai vu assez de cyclos réparer hier.
    Bref, je me retrouve dans les dix derniers de mon sas de départ. Changer les bonnes habitudes prises depuis deux ans lors des courses dans un moment pareil serait trop bête. Il fait maintenant chaud, et on attend encore.

    J'ai hâte de partir. Je suis content d'être là, qu'il fasse beau, de voir tant de gens du monde entier à vélo prêt à s'élancer dans une telle folie. Je me dis qu'eux sont encore plus fous car ils sont venus de loin, de très loin pour certain. Faut être dingue.
    Un dernier petit pipi d'avant départ, un gros bisou à ma chérie que je dois commencer à saouler avec toutes les conneries que je raconte, je démarre le compteur pour capter le signal GPS, il est 16h28. Oui pipi et chérie dans une même phrase c'est possible, mais faut pas penser à des trucs trop dégueulasses non plus.
    Dans deux minutes on est parti. Le temps de raconter encore deux trois conneries, la base motivante pour moi, quelques encouragements et c'est enfin le moment de décoller.
    Il me faut près de 2 minutes pour franchir la ligne de départ, normal en partant dernier, mais on s'en fiche, je ne suis pas à deux minutes près non plus. Plus que 59h58 de route maximum.
    Comme sur tous les rassemblements de la sorte les spectateurs entourent la ligne. C'est génial. Jean-Claude Chabirand, président de RCA et 12 PBP à son actif avec cette édition 2019 qu'il va boucler en moins de 84h, me fait un grand coucou sur la ligne. Matthieu Bretaud aussi, et j'entends un autre "Allez Thierry" mais ne voit pas qui en est l'auteur. Si jamais il me lit, toutes mes excuses.

    Le groupe descend vers la porte de Versailles, on atterrit sur les pavés humides du carrefour, confortables et sécurisants à souhait au bout des 500 premiers mètres... On s'embarque tout de suite à gauche pour la première petite grimpette et tout de suite je double du monde qui entame doucement cette aventure. Trop doucement pour moi.
    Quelques costaud sont là, et la vision de groupes se séparant les uns des autres n'ont qu'un seul effet sur moi. "Je dois remonter".
    Je suis vite à 30km/h, puis 35, puis 40, et même jusqu'à plus de 50km/h dans les faux plats descendants dans cette première partie bien abritée du vent. L'élan des groupes est impressionnant, et il y a toujours des mecs devant pour tirer encore plus fort.
    La route est sèche, et je ne prends pas de risques pour remonter là ou me semble se trouver un groupe confortable qui permettra de ni se cramer, ni de trop glander lors des premières bornes.

    On tourne enfin à gauche et un fort vent de face nous accueille sur des bouts droits interminables.
    C'est le Tour de France des cyclos du PBP et ça bordure sévère en prenant toute la largeur de la voie. Sécurité pas au top à ce niveau, l'effet cyclo en grande quantité déjà expérimenté par le passé, mais ça se passe bien ici. Afin d'éviter de me retrouver du mauvais côté de la chaussée je me replace souvent en tête d'une seconde bordure, juste au cul de la première. Je préfère prendre plus de vent que de me mettre en danger bêtement en chassant l'abris.
    Au bout d'une heure on est quand même à 35km/h de moyenne. Presque autant que sur une course vallonée de Loire-Atlantique en Pass Cyclisme. Cyclosportive le PBP ?
    Je prends plus ou moins volontairement des relais. On continue à rouler et à écrémer le groupe alors que la Beauce et le Perche sont traversés à bon train. On rattrape des gars des départs précédents que l'on laisse derrière nous assez vite. Certains on la tronche de ceux qui se sont cramés trop vite. Mal barré l'aventure pour eux.
    Les premières pentes sérieuses font que je me retrouve vite seul devant avec Patrice et son maillot Breton très acclamé depuis le départ. On se décide quand même à attendre un peu plus de monde histoire de ne pas non plus se finir avant l'heure.
    2h20 de route à 32 de moyenne. Mon coco.

    3h45 de pédalage, 120km, le groupe qui vient de grossir d'une cinquantaine d'unité du départ précédent arrive à Mortagne-au-Perche.
    Façon étape du tour de France à l'ancienne, certains s'arrêtent pour remplir les bidons au plus vite. Les autres tracent. Je fais partie de ceux qui s'arrêtent. Je suis à sec et il faut s'hydrater comme il se doit. Je pense aussi à recharger les munitions qui passent du Camel Back aux poches du maillot tout aussi vite. Bouffer c'est encore plus important que boire pour moi. En moyenne un truc toutes les 20/30 minutes, sucré ou salé. Une demi-banane clôture ce ravito express et c'est l'heure de repartir. J'ai dû mettre cinq minutes tout au plus sur place.

    Mortagne est seulement un accueil à l'allée. On est à plus de 31km/h de moyenne de roulage, c'est rapide vu le dénivelé et le vent de face. Très rapide. Peut-être trop d'ailleurs. Mais c'est assez grisant et l'influx du groupe, bien que ce soit un 1200 (non mais sans déconner), est tout aussi accaparant que lors d'une course.
    Je ne vais retrouver Manon que toutes les 200 bornes sur l'allée jusqu'à Brest. On s'est calé sur ce rythme me permettant de gérer mon temps lors de cette première moitié de "fraîcheur" connue en termes de distance à parcourir et de sensations liées à l'effort. Le retour sera une autre affaire. On a prévu de se retrouver à chaque fois, mais on avisera sur le moment selon les sensations.

    Seul pendant une quinzaine de bornes, j'ai en point de mire un petit groupe que je poursuis et fini par rejoindre sans trop en faire d'un coup.
    Nous filons bien, quoique plus calmement que durant les 100 premiers kms, et nous faisons rattraper peu de temps avant Villaines-la-Juhel par les premiers partant du sas D. Je retrouve ainsi Philippe Launay pour quelques bornes.

    220km, 7h40m19s depuis le départ, premier contrôle de nuit à Villaines-la-Juhel. Il est 00h12.
    C’est allé vite, 28,3 de moyenne de roulage, petit doute de ma part sur la vitesse quand même. Encore 1000 bornes.
    Je file au contrôle, puis cherche Manon. Elle était là à la sortie des stands. A la fois dans l'action et fatigué je galère à la trouver.
    Elle a tout le ravito, mais j'étais trop cool et pas clair avant le départ, elle s'est du coup trompé de sac. Direction le camion pour recharger la bouffe dans le Camelbak, croquer un carré de chocolat et quelques variantes alimentaires. Tricheur qu'on me dis lorsque je me dirige à pied hors du stand. Ça m'amuse.
    Il fait un peu frais. Frais tout court en fait. J'enfile un maillot manches longues pour passer la nuit.
    Après avoir embrassé Manon et l'avoir remerciée pour sa gérance, je retourne au stand, monte sur le vélo après un arrêt long de 35 minutes, relance le compteur, et embraye sur le parcours.

    Pour être exact et tout à fait franc, je n'ai jamais regardé combien de temps je m'arrêtais tout au long du trajet. Strava me permet de tout reprendre avec un peu plus de précision.
    Antoine m'avait proposé son tableau préparatif, mais c'est trop technique pour moi qui ne fonctionne qu'au ressenti pur. Ça aurait été un stress supplémentaire que de me contraindre avec un planning. Du coup, la tête et le physique priment. Et ça va bien jusque-là, malgré ce petit doute sur la vitesse et un petit coup de barre à l'entrée de la nuit.

    Je suis seul. Je repars vite sur une section que je connais déjà pour l'avoir parcourue partiellement lors des BRM de cette année.
    J'emmène vite un gros groupe de gars rattrapés au fur et à mesure du trajet jusqu'à Fougères. C'est au ressenti une portion assez souple sans forte dénivellation. Le physique va bien et je ne ressens pas les bosses qui s’enchaînent. C'est l'effet grisant que la nuit a sur moi. Ça et le plaisir de mener un groupe à ma sauce. Je ne réfléchis pas, je roule, je vise les points de mire rouge devant moi, je rattrape, je double, je recommence.
    Le trajet passe vite. 90 kilomètres avalés à près de 28,6 de moyenne.

    Fougères, il est 3h20 du matin dans la nuit noire et obscure. 305km en 10h47m19s pauses comprises. Au poil.
    "Nice ride" et tape dans le dos de félicitation de la part d'un asiatiques rattrapé en route. La classe.
    Ravito d'environ 20 minutes, remplissage des bidons et rechargement de poches, demi-banane et petit bonus sucré tiré du rab de secours des étapes passées, gros pipi et c'est reparti après un peu de détente au chaud.
    J'ai cru voir des têtes connues lors des BRMs de cette année, des gros rouleurs, mais j'ai la flemme de taper le discute. Là tout de suite maintenant, une seule chose compte, rouler.

    3h40 du matin. Je repars avec 3 autres gars. Du moins, si je me souviens bien. La fraîcheur est là, mais c'est supportable après quelques bornes. C'est mordant au départ sinon.
    Une fois sorti de Fougères je retrouve quelques kilomètres plus loin des routes empruntées en 2018 lors du 600 Rennes - Brest - Rennes. C'est plaisant de reconnaître des coins au fur et à mesure de cette aventure.
    Les kilomètres s'enchaînent et je n'en garde alors pas de souvenir particulier.

    Tinténiac. 360 km, 13h11m42s depuis le départ. Il est 5h45 du matin.
    Contrôle, 10 minutes de pause standard, pipi, ravito, et redémarrage pour ne pas prendre froid avec le levé du jour.
    Je ne me rappelle plus si j'étais seul ou non à ce moment-là. Il me semble que non. C'est un peu la galère pour ne pas vous mentir.
    L'heure fatidique me tombe dessus. Presque 24h depuis que je me suis levé, un gros coup de fatigue me rattrape alors que le soleil pointe clairement le bout de son nez.
    Je suis seul depuis Tinténiac et me traîne jusqu'à l'accueil de Quédillac. A peine plus de 30 km qui m'ont semblés être une éternité. Je les ai couverts en plus d'une heure, en difficulté.
    L'équipe d'accueil est super sympa, on rigole et on se raconte un paquet de bêtises ce qui est parfait pour m'aider à me remettre d'aplomb. Un chocolat chaud, un pain au chocolat, une banane vont me requinquer un brin. J'ai besoin de changer de ma routine nourricière depuis le départ. Ce seront mes seuls achats du trajet. Pour 3€ je ne m'en sors pas trop mal.

    D'ailleurs, gros coup de gueule. Pas un ravito officiel gratos sur le trajet. Je suis choqué. La moindre sortie FFCT du dimanche à 3€ te permet d'apprécier le traditionnel café brioche au départ cher à Sébastian (@Spraynasal), ravito en route à mi-parcours, sandwich et verre à l'arrivée avec même des goodies de temps à autre. A la vue du prix de l'inscription, du nombre de participants, je trouve qu'il y a de l'abus. Les organisateurs de l'Ardéchoise avec 2 fois plus de participant réussissent cet exploit de main de maître, et l'événement à lieu annuellement.
    Bref, ce petit plaisir gustatif me remotive.

    Il est 7h du matin, et après 25 minutes de pose quasi forcée, je me dépêche pour me remettre en route avec trois Italiens qui ont tapé un roupillon sur place, payant lui aussi bon diou. Les meilleurs matelas du parcours m’ont assuré les bénévoles. Vu mon coup de mou, je préfère alors ne pas être seul pour la prochaine portion.
    Dans les roues jusqu'au prochain contrôle de Loudéac ou je vais retrouver Manon, je m'accroche et me refait la cerise. Les routes connues aident. Je fini même par retrouver de l'entrain pour aider mes comparses de route. Le vent de face se lève à nouveau avec le jour, n'arrangeant pas notre épopée.

    Loudéac, 445km, 16h54m48s depuis le départ pauses comprises. 2 heures pour parcourir les 50 derniers kilomètres. Ce n'était pas facile.
    Je tamponne la carte et retrouve Manon qui s'est garée à l'entrée du contrôle.
    Il est 9h30, et je m'arrête une grosse heure pour me remettre, manger, me décontracter, discuter. Je suis dans le pâté. Le gros pâté de campagne. Manon le ressent. J’ai apparemment l'air crevé, elle en rigole et moi aussi en lui assurant que non. Je raconte plein de conneries pour me donner du courage.
    Elle en chie aussi. Elle n'a pas beaucoup dormi 2h maximum, ça se voit car elle a les traits tirés elle aussi. Un peu plus d'un tiers du parcours et on est déjà bien marqué.
    Le plus dur arrive pourtant, mais le chemin jusqu'à Brest je le connais.
    C'est l'heure de repartir, ces ce que mon corps me dit. J'ai mes ravitos pour tenir jusqu'à mi-parcours. Je ne me change pas et garde mon maillot manche longue. Je trouve qu'il fait un peu trop frais.
    A tout à l'heure Mademoiselle.

    La route file et s'élève au fur et à mesure. Le chemin devient très accidenté. On se croirait en Ardèche, mais en plus raide, en plus casse pattes. Je croise régulièrement depuis le départ un Anglais en Pignon Fixe. Je guette sa plaque, il était dans le départ A. On ne roule pas ensemble, mais on se double et se redouble régulièrement. Il m'impressionne franchement. Je tente de discuter, mais rien à faire. Il a l'air de vouloir faire tout ça tout seul, dans son mood.
    J'ai doublé mes dernières connaissances de brevets lors des derniers kilomètres. Ils s'étaient arrêtés pour soulager un besoin naturel. Connaissant les machines je m'attendais à ce qu’ils me rattrapent assez vite, mais non. Un grand coucou seulement pour le moment, je finirais par sans doute les recroiser.

    Contrôle secret à Saint Nicolas du Pelem. 490 bornes, 19h30 depuis le départ.
    Le traditionnel rechargement/déchargement de munition et le ravito s'effectuent dans le but de repartir au plus vite. Moins de 10 minutes de pause me suffisent.

    Je repars seul encore, me challengeant avec mon petit anglais fixé qui trace la route. C'est un bon point de mire. On ne roule toujours pas ensemble. Je le double en descente, il me repasse en montée, impressionnant de patate le bonhomme.
    L'arrivée à Carhaix se fait enfin après avoir été repris, ou avoir repris, quelques gars. Je ne sais plus, encore.

    520km, 21h00m59s depuis le départ. Il est 13h33m23s. A 10s piles j’avais un timing génial.
    Manon m’attends, j'ai de nouveau un coup de barre, mais suis toujours aussi content d'être là.
    Ravito sur 20 minutes, mais je commence à me lasser de toujours manger la même chose. Manon me propose d'acheter de quoi changer cette routine. Du salé, du sucré pour le prochain contrôle de Brest. Je lui dis que non ça ne sert à rien. Elle insiste, je lui dis que oui en fait c'est une bonne idée. Têtu moi ?
    Surtout, l'objectif de base, c'est de revenir dormir à Loudéac tout à l'heure. Dans 250 bornes quoi. Enfin les 250 bornes les plus dures du tracé en fait.
    C'est la méthode enseignée par mes "mentors" lors des brevets des deux dernières années. Je pense qu'au total, il doit y avoir une soixantaine de PBP aux compteurs des personnes qui m'ont conseillé ce schéma de parcours.
    Paris - Brest - Loudéac, repos, Loudéac - Paris. Ça permet de faire le plus dur d'un trait. S'arrêter à Brest, mi-parcours, est d'après les expériences accumulées une erreur. Trop casse pattes, et casse moral en connaissance du dénivelé et des difficultés à subir à la sortie de l'extrémité Bretonne du parcours et ce jusqu'à Loudéac.

    Sachant le plus dur à venir sur environ 250km, et que je ne dormirais pas avant de revenir ici même, je repars seul et fringuant, motivé comme jamais à l'idée de rejoindre et dépasser Brest, mon cumul de kilomètres en une sortie, et la durée maximale d'un trait également.
    Je retrouve Manon et la belle-famille à Brest dans 90km. Je me motive et vais tenter de faire ça au plus près des 24h pour 600km pauses comprises avec le petit vent de face de bâtard de compagnie qui il faut le reconnaître, fait bien chier quand même. Les brevets qualificatifs l'avaient annoncé au moins. C'est toujours ça de pris.
    On a de la chance, pas de pluie depuis le départ. C'est très appréciable. Et ça nous change des préliminaires à cette grande aventure. La sueur ne dégouline pas trop non plus. On est vernis.
    Les routes connues, malgré les difficultés attendues, me donnent de l'entrain et me rappellent mon excellente expérience lors du BRM 600 Rennes-Brest-Rennes de l'année passée.
    To de go, je rejoins deux gars croisés précédemment. En fait j'ai fait un bout de chemin avec eux sur le précédent tronçon, ou celui d'avant. En fait je ne me souviens plus à l'instant présent de la rédaction. Un anglais, pas celui en pignon fixe, un autre, il y'en a plein sur ce PBP, et un gars du cru, grande gueule, qui nous raconte tout et rien. Patrick, ou Patrice, enfin je ne sais plus. Il va péter dans les pentes préliminaires aux Monts d'Arrée. Trop de gouaille, pas assez de souffle.
    Avec mon second compagnon, nous nous faisons dépasser par un bolide caréné. Il rattrape un camping-car alors que la pente devient légèrement descendante, sans forcer, ne peux pas dépasser car c'est trop tortueux et sans visibilité. Impressionnant d'efficacité. J'apprendrais à l'arrivée que ce sera le meilleur temps de cette édition 2019. Purée ça à l'air vraiment bonnard c'est machins carénés, va falloir y venir un jour pour voir...
    L'anglais me lâche aussi finalement, il a un peu plus de sauce dans ce long faux plat vent de face.
    Le vent ne fait d'ailleurs qu'augmenter en intensité et me ramène à cette ascension majeure du massif Armoricain. Autant j'avais apprécié cette pente longue lors du 600, autant là, ce p*****n de vent de face me colle sur place. Je mouline au mieux, du moins, j'adopte le rythme magique permettant d'après mon premier mentor, Joseph Roger, 11 PBP à son actif, de ne pas faire monter le cœur, et ne pas se cramer inutilement. C'est à dire, y aller en force.
    Ça fait les grosses cuisses, et c'est efficace quand on a un peu de puissance. Dans mon cas, la moulinette sur 1200 bornes c'est mort. J'ai eu beau m'y entraîner au mieux, rien à faire. Surtout depuis que j'ai mis un 39x53, qui fait la paire avec le 11x28 à l'arrière.
    Le plus important c'est que la tête tienne. Ce n’est pas pire que le Galibier passé midi, vent dans la gueule, sous le cagnard.

    En sens inverse, les premiers entament la descente retour. Je reconnais Denis Moran du club de Challans avec qui j'ai roulé en 2018. Il a le record du PBP 1999 dans la poche, 1237km en 43h40m, gagné 2 Bordeaux-Paris, courre depuis 40 ans, gagne toujours régulièrement. Il a l'air super frais. Il était dans le même départ que moi, le C, à maintenant 150 km d'avance, et a repris 1h aux premiers partant. Il finira en 46h et des poussières. Presque pas terrible pour le coup.

    Il fait bon, et c'est ensoleillé sur ce passage aller. Les supporters en camping-car en haut des Monts sont là. C'est cool, c'est le tour de France des cyclos. Je ne m'arrête pas pour autant, ce n'est pas mon genre, je n'ai pas envie, et je n'aime pas ça non plus. Ça me casse les pattes. Prochain arrêt, le prochain contrôle : Brest.
    Et puis j'aurais le vent dans le dos si je me démerde pour repasser les Monts en sens inverse de jour. Raison de plus pour ne pas flemmarder et bien rouler.
    Mon Anglais est devant moi, il roule fort ce bifteck là aussi, impossible de le rattraper dans la descente, puis dans kilomètres qui suivent. Le vent est trop fort pour revenir en bourrinant, je préfère le garder en point visuel de motivation et continuer ainsi jusqu'au prochain rebondissement.
    Des gros cuissots Néerlandais me doublent alors. Je me mets dans leurs roues avec pour ferme objectif de me faire tracter.
    J'étais avec eux lors des tous premiers kilomètres. Ils sont marrants avec leurs maillots en laine orange et bleu. Pas causant du coup, mais au moins, ça trace, et derrière leurs grandes carcasses, le vent est moins agaçant.

    Je me ravitaille comme depuis le départ en alternant sucré, salé, collation rapide, ou petit sandwich, mais avec l'avancée de la journée, je sens le coup de barre du midi en retard se faire sentir. Il n’est pas loin de 15h.
    J'ai l'impression que mes collègues aussi commencent à se sentir moins en forme. Avant Landerneau, et peu après la bifurcation sur la gauche, à la sortie de Bovron exactement, un couple de personnes âgées nous font signe avec canettes de bière, de coca, d'eau gazeuse. Les néerlandais s'arrêtent, moi aussi du coup, et nous sommes accueilli par un petit duo des plus sympathiques nous offrant à boire. Je fais l'interprète entre les néerlandais et eux, c'est amusant. Le monsieur nous présente sa médaille du PBP 95, bouclé en 89h et des poussières.
    Un groupe d'une quinzaine de gars nous passent alors. On repart et se mets à leur poursuite.
    Le vent est de plus en plus fort à l'approche de la côte, mais le petit coca m'a ragaillardi. J'aide à la poursuite. C’est euphorisant arriver à près de 600km de pédalage en 24h de faire un effort aussi stupide, sachant qu'il en reste encore autant à se taper ensuite.
    Les dernières bosses avant Plougastel ont leur effet destructeur. Cette arrivée sur Brest est interminable de bosses et de vent de face. Je me mets devant et force le train, j'en ai marre de lutter depuis ce matin.

    Je passe le pont Albert-Louppe en tête, continue ensuite la traversée de Brest jusqu'au contrôle en lâchant tous mes compagnons dans ces ascensions sans fins, au milieu d'une circulation dense de l'heure de débauche. Dangereuse cette arrivée je trouve.
    Manon et les beaux parents sont là à l'entrée du contrôle. Un grand coucou en passant et je file jusqu'au point de contrôle. Tamponnage de la carte, conneries de circonstance partagées avec les bénévoles, la chérie et la belle-famille arrivent alors, c'est trop cool.

    Il est 17h. J'ai bien géré je trouve. 610 bornes, 25h06m03s depuis le départ pauses comprises, c'est propre vu le dénivelé, le vent de face, et les kilomètres effectués seuls.
    On papote, on blablate, et on se dirige au Trafic pour le super ravito de compet de Manon.

    Je retrouve un de mes compagnons de routes des dernières bornes avec son assistance garé en face de nous. Il est bien encadré le pépère. Madame a suivi son mari sur 5 éditions. Le Mari a tenu le record de l'épreuve en 1995.
    A noter et à faire les prochaines fois, massages de la voute plantaire à chaque contrôle, c'est salvateur apparemment. Je n'ai pas desserré ni retiré mes chaussures depuis 25 heures, mais ça va. Manon n’est pas emballée à l’idée de me masser les pieds.
    Une grosse heure d'arrêt permet de recharger les batteries, de raconter les péripéties de la journée passée, et l'envie de la suite. J'ai l'air super frais apparemment, le plaisir d'être là en bonne compagnie est un bon booster.
    J'aurais aimé m'arrêter moins, je voulais profiter du vent dans le dos le plus possible, mais c'était trop bien de voir du monde connu et de se poser un peu après 610 bornes.

  • 18h, je repars à nouveau seul après avoir embrassé et remercié tout le monde.
    Je trace en profitant du vent et compte bien faire le maximum de bornes avant qu'il ne tombe pour la nuit. Je rattrape quelques gars qui se mettent dans ma roue et on entame la retour à bon train.
    Au passage de Landerneau, un gars du club local, d'origine Belge une fois, et qui se fait sa petite sortie du soir nous rejoint avec l'objectif de papoter avec nous autres grands malades de la borne.
    Il veut mener notre petit groupe, mais je lui dis qu'afin d'éviter une potentielle disqualification il vaut mieux qu'on roule ensemble côte à côte plutôt que dans sa roue.
    Pas de soucis, il discute donc avec nous tous, et trouve deux autres Belges Wallon qui plus est dans le groupe. Un nouveau dialecte inconnu s'ouvre à mes oreilles, c'est marrant.
    La sortie de Brest est raide. Je me rappelle bien toute cette route parcourue un an plus tôt. Nous étions partis à 5 du point de contrôle, et au sommet de la première pente nous n'étions plus que deux. Nous avions alors fait les 300 dernières bornes à deux reprenant du temps au groupe de tête.
    J'ai hâte de revenir sur le tracé principal et de pouvoir croiser les gars qui sont sur le chemin de Brest. C'est à la fois super motivant mentalement parlant, et un des grands plaisirs que j'avais éprouvé lors du 600 de 2018.
    Notre petit groupe s'effiloche finalement et nous ne sommes plus que 3 Français à rouler de concert. Effet coupe du monde ?

    Il est bien trop vite 19h, et le vent retombe surtout beaucoup plus vite que ce que j'aurais pensé. C'est rageant, mais il faut continuer rouler si je veux dormir à Loudéac ce soir.
    D'ailleurs dormir, je sens la fatigue qui s'accentue avec le temps qui passe, nous ne sommes maintenant plus que deux, un des gars nous a laissé filer. Mon dernier compagnon de route m’attend même si je lui dis que s’il préfère y aller ce sera sans doute mieux pour lui.
    Il préfère papoter de tout et de rien. Un point nous ennuis tous les deux, les ravitos le long de ce parcours, tous payants. On est d'accord pour se dire que c'est inacceptable, et qu'il devrait y avoir un service minimum. Un principe de ticket à l'inscription à minima.
    On arrive aux Monts d'Arrée, et le vent dans le dos est maintenant inexistant, nous rageons un peu.
    Une comparaison nous fais bien rire. Les Monts d'Arrée, c'est comme le Ventoux. Un point haut avec 4 routes qui ne mènent à rien. Sans doute un délire d'ingénieurs bourrés un soir qui se sont mis au défi de monter le plus vite en haut. Grosse marrade au milieu des autres conneries, on est un peu fatigués tous les deux.
    On grimpe donc les Monts chacun à notre rythme, ça ne sert à rien de se cramer à suivre l'autre, on se retrouvera de toute façon à Carhaix. Les groupes passent en sens inverse, le soleil est encore là et commence à descendre laissant une belle lumière sur le panorama. Les supporters sont toujours là, en pleine forme comme tout à l'heure, c'est vraiment génial.
    Nous rattrapons mes néerlandais de l'arrivée à Brest, juste en rentrant dans Carhaix.

    Carhaix, 29h18m19s depuis le départ, il est 21h50, la nuit tombe.
    Long contrôle avec Manon qui sera maintenant là à chaque point de passage tout au long du retour. C'est nécessaire avec la fatigue qui se fait de plus en plus sentir.
    Gros ravito. Il y a des news au menu, fromage, lait chocolaté, saucisson, bref, de quoi renouveler les habitudes alimentaires prises sur ces derniers 700km et qui sont de plus en plus dur à tenir.
    Mes remontants commencent à me dégouter, je me force à les manger pour garder suffisamment d'énergie, j'en ai des petits hauts le cœur rien que d'y penser à certains moments.
    J'y passe 50 minutes le temps de récupérer avant la nuit. Je me sens éclaté.
    22h40, c'est le moment de repartir, malgré la fatigue, et les questions bienveillantes de Manon qui s'inquiète de mon état. Je ne veux pas changer mon programme. Faire toute la partie difficile avant de dormir c'est le secret de la recette. Têtu que je vous ai dit.
    La remise en selle commence à être rude. Un (bon) petit mal au cul commence à se faire sentir, des irritations désagréables aussi. Qu'à cela ne tienne, le vélo c'est comme ça. Il faut se faire du mal pour apprécier ces défis stupides qu'on se lance. Jusqu'ici, c'est moins difficile que mon premier BRA de toute façon.

    Je suis seul, la nuit tombe pour la seconde fois depuis le départ, et il fait frais. Très frais. Vraiment très frais même une fois le soleil totalement disparu.
    Les phares des participants en sens inverse sont particulièrement éblouissants, heureusement, les routes sont souvent séparées pour plus de sécurité. Enormément de confort visuel surtout à la fois pour les cyclos, et les automobilistes. Manon s'est aussi plainte de cette orgie de lumens.
    Elle est très vallonée cette portion en tout cas. Peu fléchée également. J'ai peur de me paumer dans ces longues sections ponctuées de carrefours sans aucuns marquages ni signalisation quelconque au milieu d'une campagne profonde. Je n'ai pas de GPS, ce serait ballot quand même de me rajouter des bornes maintenant.
    Je vise le point lumineux rouge au loin devant qui apparaît et disparaît au rythme des virages et bosses successives. Je me retourne régulièrement et vois également une lumière blanche au loin derrière. Tout le monde roule seul, mais personne n'est perdu, c'est parfait. Ou alors s'est on tous planté ? Sans doute que non. Deux motos d'accompagnement surveillent notre portion du tracé et font des passages réguliers, c'est rassurant et très agréable de se savoir sécurisé et pas abandonné au milieu de nulle part. J'apprécie encore plus que sur les courses en ligne et cyclosportives. Heureusement qu’elles sont là d'ailleurs. Une descente raide et bien tortueuse surgissant de nulle part s'offre soudainement sous les roues. L'un des motards m'a attendu, et il m'éclaire dans la descente histoire de me sécuriser. Top. Je le remercie alors qu'il s'arrête pour retourner chercher mon suiveur j'imagine.
    Je continue mon chemin seul et fini par rattraper un autre cyclo. Nous continuons notre route jusqu'à Saint Nicolas du Pelem ou il me dit qu'il s'y posera peut-être pour faire un somme rapide. Il envisage d'aller aussi jusqu'à Loudéac. A voir.
    Le froid et la fatigue sont de plus en plus forts. J'ai aussi des envies de pisser de malade. Le froid c'est mon ennemi juré, surtout quand il attaque mes pieds. C'est dingue et du jamais vu cette torture de vessie. Je lutte jusqu'au contrôle pour ne pas me faire dessus.

    Saint Nicolas du Pelem, contrôle secret retour, 740kms, 32h25 depuis le départ, aux environs d'1h du matin.
    Une fois sur place, tampon, pipi (enfin), manger, réchauffage à la one again dans l'enceinte bondée. Je guette mon compagnon mais ne le vois plus. P*n. J'ai déjà pris du temps pour le reste, ça me fais cr de l'attendre.
    Je patiente une grosse quinzaine de minutes sans le voir réapparaitre. Il est 1h45 du matin environ maintenant. Ça me casse les c*****s vous n'imaginez pas. J'ai perdu du temps à un moment crucial en me disant que faire la route à deux serait plus intéressant.
    J'observe le flux des cyclos qui arrivent de Rambouillet, c'est impressionnant. Tellement de monde. Je suis bien content que la route ait été séparée depuis 40 bornes. C'est autant de force d'économisées et de confort visuel gagné.
    Je croise au moins les 5 autres membres de l'ACV au complet en direction de Brest. Salut les petits gars. Vous avez des petits yeux dis donc. Ils confirment.
    Je reste finalement 45 minutes sur place avant de repartir seul. Je m'en veux, je n'aurais pas dû attendre. Je pourrais rouler depuis presque 20 à 25 minutes déjà.

    L'objectif c'est Loudéac. La route est encore bien tortueuse. C'est à la fois une distance courte, 45km seulement, et la dernière portion de cette première journée, mais j'en suis quand même à plus de 30h de sortie. Cette portion me semble super longue alors que ce sont les kilomètres salvateurs.
    Froid, nuit, faim, fatigue, solitude. J'en ai ma claque un peu.
    Je commence à galérer physiquement. Le petit plateau ne redescend plus, ça me fait trop mal aux canes de mouliner. Je suis un bourrin de base, forcer c'est toujours possible. Et on peut forcer en souplesse je vous jure. Tout passe en 53x25 ou 53x23, malgré le dénivelé, malgré les grosses cuisses. En danseuse c'est plus facile. Ou alors moins dur ? Va savoir. J'adopte une danseuse à la fois souple et en force, telle un pré berceur dont je n'aurais certainement pas besoin dans quelques dizaines de minutes. Je me motive en sachant que le prochain arrêt, c'est pour dormir pour de vrai.
    Plus je vais vite, plus j'y serais tôt. Plus je monte en danseuse, moins j'ai mal au cul. Plus je fais d'effort pour être aérodynamique en descente, plus je gagne du temps. Plus je vais vite, plus j'ai froid. Plus j'ai froid et plus cette envie de pisser qui revient...
    Le mental prends le dessus. Tout est dans la tête, le corps lui tient le coup malgré l'effort à l'apparence interminable.
    La nuit est à la fois une bonne aide car elle efface visuellement les difficultés, mais rends tout plus compliqué aucun repère ne donne l'impression d'avancer.
    Les bornes s'enchaîne accompagnées de cogitations multiples variant des ressentis instantanés, aux montages des vélos de la collection, à Manon qui doit se les geler et à sa gérance sur l'assistance, au kif génial que c'est d'en chier comme pas possible.
    Juste à l'entrée de Loudéac, alors que je me retiens depuis 25 bornes, je ne tiens plus. Je m'arrête en bord de route. C’est réjouissant de soulagement d'enfin pisser un bon coup.
    Je repars bien vite alors que d'autres cyclos continuent de me croiser sur le chemin menant à Brest.
    Je me sens con d'avoir flanché 3 bornes avant le contrôle. Mais bon ces envies qui vous titillent sur le parcours, les p***s.

    Loudéac, enfin, 785km d'une traite, 35h15m29s depuis le départ.
    Manon est là, frigorifiée elle aussi. Elle me donne un sac de ravito, m'indique ou est le fourgon et va se coucher après avoir mis à charger mon Bryton. Il aura tenu sans soucis sur cette première partie du trajet. Ma lampe avant que j'ai bien vidée sur ces dernières portions nocturnes attendra demain dans la journée, je n'en aurais pas besoin au réveil.
    Je fais tamponner ma carte, retourne encore aux toilettes, mange un coup histoire de me caler. Rien de chaud, je pioche dans le ravito perso. C'est vraiment dingue que tout soit payant. Et il y a tellement de monde dans ce contrôle. Le fric brassé me rend dingue.
    Je me traine vers le fourgon. Manon y dort déjà. Le chat aussi, pelotonnée contre sa maîtresse. Dans l’habitacle préchauffé avec attention.
    Je me déchausse. Mes pompes sont à mes pieds depuis 36 heures environs. Mes fringues aussi. Je pue la mort... Il est environ 4h20 du matin, il ne fait sans doute pas loin de 7° dehors, je suis Marseillais dans mes propos sans doute, mais ça meule sévère. Je grelotte de froid, de fatigue, de faim et d'épuisement.
    Plus que 435 bornes à faire demain. Je viens de m'en farcir près des 3/5 du parcours de rang. Je ne suis pas peu fier, mais pas encore capable de m'en rendre compte.
    Je me rhabille chaudement pour une courte nuit de 2 heures, réveil réglé et lancé, je m'empaffe en deux secondes.

    Biiiiiiip Biiiiiiip Biiiiiiip.
    6h20 du matin.
    Réveil facile après un cycle de sommeil sans rêves. L'effet course. Mélange de stress, de souffrances, de plaisir, d'excitation.
    J'ai des courbatures, mal au cul, froid, je pue plus qu'hier, j'ai faim. J'ai envie de repartir et d'en finir.
    Je m'habille en galérien avec ma seconde tenue, garde des manches longues et un sur-cuissard long car il caille de dingue. Je ne suis pas de Marseille en fait. 7° ne me semble pas si faux.
    Je mange du froid. Boisson chocolatée, chocolat, fruit sec, barres de céréales.
    Je sors mon vélo comme je peux du fourgon.
    Manon est dans le dur aussi, elle va essayer de dormir encore un peu avant de partir. Je l'embrasse, la remercie au moins intérieurement, et repart seul 40 minutes après le saut du lit. 3h15 de pause, c'est bien suffisant, un poil trop je dirais. Je me sens requinquer malgré les douleurs liées à l'effort.

    7h passé. Il caille vraiment. Je ne vous l’ai pas déjà dit ?
    Nuages de brume matinale et soleil droit dans les yeux. Le paysage est magique.
    Les cyclos en contre-jour sont couverts de cape, de k-way, de tenues d'hiver. On est bien en Aout non ?
    Je suis seul et je trace. Comme d'hab vous me direz. On ne se refait pas je vous répondrais.
    Je rattrape du monde que je double. Il y a 24h j'étais dans le gaz à cette heure-là. Les gens que je double on l'air dans ce même état, avec de la fatigue en plus.
    Le confort d'une "nuit" dans un espace connu est assez unique en termes de bénéfice récup.
    Tient, le fat bike vue Samedi au contrôle machine. Il l'air d'en chier. Pas étonnant.
    La route est dans un premier temps assez linéaire tout le temps du levé du jour. Les premières pentes interviennent alors qu'un groupe d'une dizaine de gars dont pas mal de gens vus hier me reprend. Je m'accroche à eux et on se fais des relais courts façon CLM pour être plus efficace. Tout le monde gère bien l'effort, pas d'a coup, pas de gros bourrin, l'entente est parfaite. Les gars doublés qui s'accrochent se prennent au jeu. Un vrai petit entraînement. On se dirige logiquement assez vite jusqu'au prochain contrôle de Tinténiac.

    Tinténiac, 870km, 41h55m30s depuis le départ. Il est 10h30 environ.
    3h20 pour faire les 85 kms depuis Loudéac. C'est pas mal au réveil.
    Le groupe se ravitaille et se pose une trentaine de minutes avant de repartir en plusieurs paquets. Les plus costauds on décider de rester un peu plus longtemps au contrôle et nous affirment qu'ils vont nous rattraper.

    Après 30 à 40 minutes, j'y vais cool avec un autre gars. On papote de tout et rien. Il est 11h du matin.
    Effectivement, comme prévu, le groupe se reforme une trentaine de minutes plus tard. On continue sur le même schéma que lors du précédent raid et le groupe continue à grossir.
    La fatigue se fait finalement sentir, et les relais sautent au fur et à mesure pour de plus en plus de monde. On roule cependant toujours à bon rythme, continuant à rattraper des cyclos qui s'accrochent, mais en se faisant aussi reprendre.
    Une certaine lassitude s'installe. La faim se fait sentir aussi malgré le fait que je m'alimente en continu. Je m'écœure vraiment de mes ravitos qui sont les mêmes depuis 2 jours et ce malgré les sandwichs proposés par Manon aux contrôles. Seuls les en-cas sucrés passent bien, et encore seuls ceux au chocolat.
    Vivement Fougères ou Manon sera là pour le déjeuner avec un bon sandwich.

    Fougères. 55 bornes et deux heures plus tard, j'y suis pour la seconde fois, et pourtant je n'en ai toujours rien vu. 44h25m32s depuis le départ, il est presque 13h.
    Je me gare, vais tamponner, pisser un coup comme à chaque arrêt, remplir mes bidons également.
    Manon m'attends dehors au soleil. Le spectacle du Clodo bourré squattant sous les arbres devant le contrôle sur son hamac aussi. C'est marrant et gênant à la fois. Il met l'ambiance en tout cas.
    Une demi-heure d'arrêt permet de remettre la machine en marche. Sandwich, boisson lactée chocolatée, saucisson, fromage. 25 minutes bien utilisées.
    J'ai eu une petite gêne au talon gauche sur les derniers kilomètres, j'en parle à Manon, mais ça va.
    Plus que 300 kilomètres, c'est trop cool. Je vais finir. On a bien roulé sur cette dernière partie, et à ce rythme c'est envisageable d'arriver pour minuit à Rambouillet. J'y crois un peu.
    Gros bisous et grands sourires, c'est reparti.

    La majorité du groupe est partie manger au resto, ils avaient des potes sur place.
    Je repars avec mon compagnon de Tinténiac, mais il ne s'accrochera finalement jamais. J'y vais cool pourtant pour une fois, mais le mal de cul et de jambes bien présent pour nous deux est le juge de paix. Je ne suis plus capable de rouler en vélocité, ni de m'adapter à quelqu'un d'autre, surtout si je dois l'attendre. C'est encore plus douloureux de devoir se faire mal pas à son rythme.
    J'entame donc seul cette prochaine section, l'après-midi entamé comme il se doit. La pente est raide dès le départ. Mon Anglais en pignon fixe me passe. C'est un malade ce mec franchement. On rigole un peu en se disant bonjour. Près d'une demi-journée qu'on ne s'est pas vu, et on en est finalement au même point. On continue notre route, et chacun à notre rythme on va se passer et se repasser en fonction du dénivelé, sans chercher à rouler au rythme de l'autre.
    Est ce qu'on se tire la bourre ? Loin de là. Est ce qu'on se sert de l'autre comme point d'appuis et de motivation ? Certainement.

    Une vive douleur au talon d’Achille gauche survient finalement. J'ai déjà senti une gêne légère dans la portion précédente. J'en ai alors informé Manon à Fougères. Un stress certain s'empare de moi. Ça pue la tendinite à plein nez. LA grosse loose. J'ai eu le temps de cogiter déjà lors du précédent relais, et ça ne le fais pas.
    Je me remémore ma tendinite de la patte d'oie qui m'a bloquée pendant presque 2 ans, qui m'a fait reculer mon départ en compétition, et j'imagine le pire. Est-ce que je vais tenir jusqu'au bout ? Est-ce que je dois aller voir un soigneur au prochain contrôle ? Il risque de me dire d’arrêter. Ce serait la loose totale d'abandonner si près du but. Oui 250km c'est proche.
    Je me débrouille pour trouver une position plus agréable. Je desserre totalement ma chaussure pour limiter l'appuis sur la zone douloureuse. Je change ma façon de pédaler. 3 mouvements au lieu de 4. Je pousse pied gauche en tirant pied droit, je pousse pied droit en économisant la traction pied gauche.
    C'est dur de modifier un pédalage, mais ça finit par le faire avec des ratés de temps à autres me balançant un éclair cinglant dans le talon d'Achille.
    La douleur s'estompe finalement doucement. Mais surtout elle n’apparaît pas quand je pousse, ce qui du coup ne me bloque pas lors des montées, qui sont encore toutes passées en force, toutes en danseuse, toutes gravies en 53x23. Plus c'est dur, plus je mets gros, plus ça passe.

    Deux ou trois raisons à cette tendinite me semblent logique.
    D'abord, le manque d'hydratation. Je pense avoir fait l'impasse sur ce point depuis le départ du matin. La fatigue et le manque d'attention sont en cause.
    Ensuite, une position pas terrible pour lutter et s'abroger des douleurs provoquées par les irritations dans ces zones sensibles de l'anatomie du cycliste à la suite de ce pédalage prolongé.
    Enfin, l'effort en groupe de ce matin qui a peut-être été un peu violent. Mais au rythme auquel on allait, si on avait tenu jusqu'au bout, on pouvait arriver avant Minuit à Rambouillet.

    J'en chie quand même, je tiens, j'irais au bout sans m'arrêter pour d'autre raison que faire pointer ma carte, manger dans les contrôles, et pisser quand je ne tiendrais plus.
    Je n'envisage pas de problème mécanique ou autre bévue. Je me ravitaille en roulant comme depuis le départ. Je ne me change pas entre deux contrôles.
    Je garde la maîtrise des événements et me donne comme point de repères ces étapes obligatoires comme seuls points de transition.
    La route est top, le vent pas trop positif, voir positivement négatif. En fait il est encore dans la gueule, j'aurais dû parier au départ qu'on ferait plus de 50% du trajet vent négatif. Au moins, il est simplement très léger.

    Un cyclo et coursier du coin passe par là. On tape la discute tout en roulant. On parle de cette "sortie", du coin, du délire de faire un tel effort, des courses. Je lui dis que devant il y a un Anglais en pignon fixe. Amusé et intrigué il finit par partir le rejoindre en me souhaitant bonne route. Ils sont en point de mire. Ça m'aide pas mal d'avoir cette cible au loin.
    La douleur finit par se faire totalement accepter, et le faux rythme de pédalage est adopté. La route est large, peu fréquentée ou alors par des camions laitiers, c'est vallonné comme en moyenne montagne, relativement verdoyant, et plutôt très sympa.

    Comme clopin-clopant avec mon rythme saccadé qui ne dois pas être très beau à voir, 3h50 et 100 bornes après Fougères, voici enfin le contrôle de Villaines-la-Juhel.
    Il est 17h10, je suis parti il y a plus de 2 jours. 48h38m37s exactement sur la ligne.
    Manon est là, je la retrouve facilement cette fois alors que je suis plus fatigué qu'à l'allée. Comme quoi, on bonifie avec le temps.
    Il y a plein de spectateur, un speaker, c'est comme aux courses. Super encourageant et réconfortant.
    Les contrôleurs sont contents de voir un Français, apparemment peu sont passés. Les gens trouvent que j'ai l'air frais. Je leur réponds que ça va, et que finalement, il ne reste que 200 bornes, l'équivalent d’une bonne sortie du dimanche. Je les fais un peu halluciner et repars le sourire aux lèvre, amusé par ma propre connerie qui est presque de l'insolence ou de la provocation à certains moments.
    Je mange un bout, reprends des ravitos dans mes poches, rempli les bidons et m'hydrate bien, discute avec des spectateurs.
    Je partage mes sensations avec Manon. Mon stress sur mon talon est passé. Je pense pouvoir finir sans soucis maintenant. Intérieurement je sais que l'après PBP se fera ressentir un certain temps. Ça m'inquiète un peu.
    Je m'inquiète plus de la fatigue de Manon qui gère elle aussi son PBP comme une cheffe. On est dans notre truc, au poil.
    Moins cool, les toilettes sont vidées en même temps. Ça daube un poil mais je ne suis pas en reste avec moi-même. Je me sens de plus en plus. Faut dire, je ne me suis pas douché depuis pas loin de 72 heures.

    Je repars à nouveau seul après 20 minutes d'arrêt.
    1015 bornes et 49h depuis le départ pauses incluses. Bah mon petit père, ça envoi du steak.
    Mais il ne va pas falloir mollir. L'objectif c'est 60h. 11h de battement, et encore 200 bornes à parcourir, avec la nuit qui se rapproche, et la fatigue qui l'accompagne. Le mental va devoir redonner tout ce qu'il a. Tout ce qu'il lui reste surtout.
    Le speaker annonce que 26 gars sont déjà à Rambouillet, puis demande à l'assemblée combien de cyclos sont déjà passés à Villaines. Je tends l'oreille, je devine qu'on est un peu plus de 200 à avoir franchi le contrôle alors que je passe les derniers haut-parleurs répartis dans le bourg.
    Roule toujours, tu es dans les premiers 250, en étant parti dans les 600.
    Direction le Perche. L'après-midi s'avance vers la soirée rapidement. Je reconnais tout le parcours franchit en sens inverse à vive allure il y a 48 heures. Je le trouve plus dur maintenant. Plus long. Trop long. Trop lent.
    J'en ai marre et regarde mon compteur trop souvent, checkant le temps, calculant ma moyenne pour arriver dans les temps, en optimisant mes efforts, en forçant suffisamment mais pas trop non plus.

    Les pentes sont longues. Interminables même. Du faux plat constant. Ça n'avance pas quand il est positif. Il faut pédaler quand il est négatif. Pas de répit. Pas de repos. La tête travaille et lutte. Le corps se bat et accepte la douleur de cet effort insensé.
    10 fois, 20 fois, 30 fois, je reprends mes calculs pour évaluer la distance jusqu'au prochain contrôle de Mortagne-au-Perche. J'ai l'impression que je n'y arriverais jamais.
    85 bornes et 3h30 plus tard, une pente de 2 bornes et qui m'annoncera prêt de 10% au plus fort pourcentage m'emmène au sommet de Mortagne-au-Perche.

    1099km, 52h30m07s depuis le départ. Il est 21h et la nuit tombe. Un vent glacial s'est levé. J'arrive en haut, sur la plaque, épuisé. Je tremble de fatigue. Mes pieds me font souffrir à chaque pas. Je me traîne comme un zombie jusqu'au point de contrôle.
    Manon est là et m'attend encore. Beaucoup trop de gérance en elle. Elle m'aide à me couvrir et à me ravitailler.
    Je n'ai pas eu le droit à une blague de la part des contrôleurs, ils ont l'air stressé par des problèmes de gestion. Je ressorts, et heureusement deux petits vieux m'abordent et on discute. Je leur demande s’ils ne pourraient pas couper le vent, parce qu'il fait un peu chier, on n’en a pas besoin là. Ils m'assurent qu'il va nous pousser maintenant. Ils se veulent rassurant. Je ne les crois pas trop. Eux ont du mal à croire que je passe tout sur le 53x23-25. Si si, je vous jure.
    Le soleil se couche au cours de la demi-heure d'arrêt. Je ne sais pas si je me réchauffe où me refroidis. Je gèle et tremble comme une feuille. Manon s'inquiète, me demande si je veux me poser. Non catégorique. 60 heures. C'est chaud, mais ça peut le faire. Elle me rassure et me dit que oui. Que je gère, que ça va le faire. Je t'aime Mademoiselle.

    Aller, Salut les gars, j'espère que le vent va bien me pousser au cul.
    Il est 21h30, la nuit est bien tombée. Je suis habillé comme en hiver. Plus que 120 bornes. 4 heures quand tout va bien. Là j'ai déjà 1100 kms dans les pattes. On va faire le musclor pour rentrer dans ce temps impartis que je me suis fixé. Le delta est léger. J'ai presque 7h jusqu'à mon échéance. Petit stress, mais ça doit passer, même à 20 à l'heure de moyenne, j'ai encore de la marge.
    Nuit noire, assez vite. Seul toujours. Des points de mire apparaissent de temps à autre. Je passe des gars. Des gars me passent. Les efforts sont solitaires, solidaires aussi à défaut d'encouragements comme ça peut se faire sur les brevets montagnards quand les compagnons de galère croisés en chient par-dessus tout. Là, soit on a plus les force pour, soit on le sait, ça ne sert à rien, car seule la tête joue encore le rôle d’entraîneur.
    Mon Anglais en pignon fixe réapparaît encore. Me passe, puis je ne le vois plus durant un long moment.
    La nuit permet à nouveau d'effacer les difficultés. L’affût des bruits de l'environnement, des sensations, de la respiration, de la route, du vélo, tout est accentué. Je fais attention à tout et rien en même temps.

    Je passe encore en grosse danseuse toutes les ascensions successives qui sont au moins aussi désagréables que dans la portion précédente. Large danseuse, amples mouvements, souple forçage, et va s’y que je recommence encore et encore. Bosse après bosse.
    Je reviens sur l'Anglais, on discute un bon moment, enfin. Collection de vélo. Habitude de roulage. Il pignole fixe souvent. La BTR il l'a déjà cochée en fixe. Rando longue distance en tandem avec sa femme, en France et ailleurs. On se marre. Il aimerait bien passer sous les 60 heures aussi. Ça devrait le faire. Dingue quand même de discuter enfin alors qu'on vient de faire 800 bornes en se croisant sans cesse.
    On finit par se challenger. Pourquoi ? Comment ? Aucune idée. L'adrénaline sans doute. On bourre comme des ânes jusqu'à Dreux.

    En chemin le froid me rattrape. Une envie de pisser aussi. Je le laisse filer pour me soulager. Nous venions de doubler 4 gars. Je mets un point d'honneur à ne pas me faire repasser alors que leurs lampes se font apercevoir au bout de la ligne droite. Arrêt express autant que possible. Je vais tenter de rattraper Marcus. Chose faites avant d'entrer dans Vernouillet. Une plaine sans haies qui laisse tout deviner de l'horizon même de nuit. Sa lampe arrière est visible droit devant moi depuis 5 bons kilomètres lorsque je le rattrape au bout d'une ligne droite interminable. De jour cet endroit doit être effrayant de monotonie.

    Dreux j'en ai entendu parler par Julien (@bibiphoque), collègue de bureau et ami depuis 8 ans maintenant. Les premiers clichés sont validés à peine aux abords de la ville. Une Audi A3 arrive en sens inverse, au rupteur, musique à fond, et pneus crissant dans les virages. Zones 30 selon la signalisation en vigueur. Une Mini et Land Rover valident la partie. "Wesh wesh welcome to Dreux, welcome in France !" finissent d’établir à tout jamais une réalité dramatique lorsque l'on passe devant une aubette de bus aux abords du gymnase qui sert de point de contrôle.

    Dreux, 0h44. 1175km et 56h11m23s depuis le départ.
    Enfin le dernier contrôle, glacial, 3h et 75 kilomètres après être parti de Villaines-la-Juhel.
    Manon a trouvé refuge à l'intérieur. Je l'embête en demandant aux contrôleu(rs)ses si elle ne les a pas trop embêté(e)s. Ca fait sourire, je me fais rembarrer gentiment. Parfait pour le moral.
    J'ai encore 4h pour faire 40 bornes et entrer dans mes temps. P*n de me, je l'ai fait. L'arrivée n'est pas franchie, et crier victoire trop tôt n'est pas dans mes habitudes, mais là, je le sais, c'est bon. Je vais avoir réussi ce défi stupide.
    Marcus est super content aussi. Malgré qu'il soit parti 1h avant moi dans le départ A, il sera aussi dans ses temps.

    On s'accorde du coup une longue pause de 40 minutes pour récupérer avant le dernier rush. Je mange bien, je bois, je me requinque en vue des derniers kilomètres.
    Je me couvre comme jamais tellement l'atmosphère glacial couplé à la fatigue accumulée est saisissant. Je tremble sans cesse. Mes pieds me font affreusement souffrir. Mes paumes deviennent raides à force de danseuse, mes jambes aussi. Je me sens cassé tout entier.
    J'embrasse Manon. On se retrouve à l'arrivé, enfin. Le froid dehors s'abat violemment sur moi. Je suis obligé de pisser dans un buisson entre la sortie du Gymnase et le parc à vélo.

    1h30 en ce Mercredi 21 Août. On s'est rassemblé à une petite dizaine de jeunes, de 25 à 35 ans environ. Une femme parmi nous. Je suis le seul Français. On repart ensemble.
    Pas assez vite pour Marcus qui s'échappe. Pas assez vite pour moi non plus arrivé à l’entame de la première côte. Je rattrape Marcus. On recommence à rouler ensemble à un bon rythme.
    On finit par se faire rejoindre par 4 Autrichiens qui roulent assez fort sur les portions plates. Du moins c'est ce que je me suis dit sur l'instant juste passé les 1090 kms. En fait on devait se traîner.
    Ils sont plus lents une fois arrivés dans les bosses à l'approche de Rambouillet. N'arrivant pas à rester derrière à un rythme qui n'est pas le mien, je passe souvent devant, m'échappe et me laisse rattraper peu après quand le terrain se radoucit.
    Les kilomètres passent ainsi, et l'arriver à Rambouillet se couple à une fraîcheur encore plus mordante qu'elle ne l'était auparavant.

    1214e km. Je reconnais cette immense ligne droite que nous avons emprunté au départ. L'arrivé est là, bien trop proche. Mes compagnons se félicitent, mais on y est pas encore. Ils ralentissent le rythme alors que non, c'est maintenant qu'on s'arrache, dans les derniers hectomètres.
    J'accélère. Je m'offre un baroud d'honneur pour ces dernières bornes de cet insensé parcours. Je lâche mes compagnons et franchi en danseuse cette route tout en descendant les vitesses au fur et à mesure jusqu'à l’entrée dans Rambouillet. Un gros kif qui m'a permis de bien lâcher les nerfs, de vaincre la fatigue et l'endormissement, la lassitude, l'attente de cette arrivée.
    Je ralentis en bas de la côte donnant sur les pavés de la porte de Versailles qui sont encore plus dangereux à l'arrivée qu'au départ. J'attends en roue libre mes ex-compagnons avant d'entrer dans le parc de la Bergerie. Ils me rattrapent, on se félicite. On l'a fait.
    L'entrée de nuit dans le parc est indiqué par un bénévole en orange. Des pavés, encore. Franchement casse gueule et inadapté à mon avis. Le long faux plat jusqu'à la ligne est l'occasion d'un sprint pour les Autrichiens. J'ai aussi envie de jouer, je les mange facilement, et ne m'arrête plus jusqu'à avoir franchi cette ligne tant désirée dans la cour de la Bergerie.

    Mercredi 21 Août, 3h17m02s du matin, par une nuit glaciale, 58h44m37s après avoir franchi la ligne de départ, c'est enfin fait. J'ai bouclé mon premier Paris Brest Paris en moins de 60 heures.
    Il aura fallu pas loin de 2h pour franchir ces derniers 40 kilomètres. C’était trop long.
    J'embrasse Manon qui est là comme depuis le départ, toujours présente, toujours parfaite, toujours à m'attendre dans ma bêtise.
    On la fait. Elle m'a permis de cocher ce défi. Même si elle ne cesse de me dire que c'est moi qui ai pédalé. Sans elle je n'en serais pas là. J'ai même encore assez de force pour soulever mon vélo au-dessus de ma tête et prendre quelques photos bien débiles. La preuve que je ne suis pas à bout.
    Marcus arrive quelques minutes plus tard. On se félicite chaleureusement.

    Un bénévole nous accompagne vers le parc à vélos puis le contrôle final. Avant j'ai pris du temps, parce que forcément, j'avais encore envie de pisser.
    Tient le Fat bike croisé en sens inverse ce matin est là. Pas étonnant.
    Les bénévoles du contrôle me confirme que je suis bien autour des 200 premiers arrivants. Que je fasse partie des rares Français à être passé aussi.
    Ma carte est tamponnée. Je reçois ma médaille. Et encore mieux à mes yeux, une belle flèche directionnelle orange fluo de l'aller du parcours. J'aime les cadeaux qui ne servent à rien, celui-ci est parfait. Choper une flèche retour est ma première pensée.

    Je me traîne dans ce barnum géant et glacial pour prendre mon repas offert à l'arrivée. Manon m'accompagne et s'en prend un aussi pour se réchauffer. C'est bon, enfin je crois. C'est chaud surtout. Ça change des dernières 60 heures.
    Un repas chaud ça fait tellement de bien, surtout après tant de temps et d'efforts fournis. Double ration de dessert, rab de riz, de pain. L'intolérance au Gluten de Manon fait un heureux, sa fatigue immense qui lui coupe la faim aussi. Je mange cependant avec difficulté et une lenteur incroyable.
    Cassé de fatigue, perclus de douleurs, les muscles raidis, transis de froid, j'ai poussé mon corps au-delà de ce que je pensais possible. Tous les arrivants ont l'air plus défoncés les uns que les autres. Cependant je suis certain que je pourrais continuer à pédaler s’il le fallait.
    Manon m'a dégoté un endroit où je vais pouvoir enfin me doucher. Les navettes n'étant pas en marche cette nuit pour rejoindre le gymnase prévu à cet effet, je vais squatter les espaces réservés aux employés du parc. Je m'y traîne comme un pingouin. Un italien en rigole sur le chemin. On est tous au même compte vu sa démarche.

    La session douche est longue. En fait tout est très long. Je mets bien 10 à 15 minutes à me déshabiller. Je passe au moins 30 minutes sous la douche à essayer de reconnaître mon corps sous mes doigts qui a force d'échauffements et d'irritation a eu tendance à gonfler. Mes pieds sont blancs sur toutes les zones d'appuis, plus de circulation sanguine, je fais revenir ça comme je peux. Mes paumes sont prises de fourmillements à force de l'appuis sur le cintre.
    Je sors enfin de la douche après mettre largement détendu et décrispé.
    Manon n'en peux plus, elle est au bout elle aussi, complètement explosée par ces 1220 kms d'intendance tenues de main de maître. Elle veut dormir. J'insiste pour qu'elle prenne mon vélo jusqu'au fourgon garé 2 bornes plus bas à l'entrée du parc, au même endroit que pour notre nuit avant le départ.
    Je me rhabille en tellement de temps que je ne peux pas le comptabiliser. J'enfile je-ne-sais combien de couches de pulls, vestes, sweat afin d'éviter de geler dehors.

    Je m'extrais enfin du bâtiment et entame ma descente vers le fourgon, comme je peux sur mes appuis douloureux. Malgré mes multiples couches de fringues chaudes, je grelotte et claque des dents.
    Beaucoup de cyclos passent durant ces interminables 2 kms. Les plus longs de toute ma vie. Je me traîne jusqu'au camion, me couche au chaud en essayant de ne pas réveiller Manon, et m'endors fier d'avoir achevé cette belle aventure à deux.
    Je le sais déjà, je reviendrais.
    A dans 4 ans.

    Épilogue :
    Je suis le premier de la famille à le faire. On sera sans doute plus à la prochaine édition. 2, 3, 4 peut-être.
    Le récit de ce premier PBP familial est dédié à Papy Jean, qui malgré ses centaines de milliers de kilomètres, n'a finalement jamais coché le Paris-Brest-Paris dans ses exploits cyclistes autrement qu'en tant que bénévole.
    Je sais qu'il a été avec moi tout du long du parcours grâce au suivi en ligne. J'ai aussi pensé à lui durant mon trajet, en m'imaginant comment il aurait tracé la route et aimé ça.
    Le vélo, dans le dépassement de soi, il n'y a que ça de vrai.
    Merci à Mademoiselle pour son accompagnement sans faille. Rien n’aurait été aussi bien réalisé sans elle. Elle ne le refera jamais seule, mais n’est pas contre l’idée de recommencer. Il faudrait qu’elle nous livre son petit compte rendu également. Ça pourrait être croustillant.

    Postface :
    J'ai finalement eu peu de séquelles à la suite de cette aventure.
    Une grosse fatigue généralisée qui passera durant le mois suivant.
    Les courbatures et douleurs sous les pieds s'effacent en une petite semaine. Manon a eu bien le temps de se foutre de ma démarche entre temps.
    Des problèmes d'incontinence qui font que je vais uriner toutes les deux heures, de jour comme de nuit finissent par passer également au bout d'une semaine.
    Mes paumes de mains souffrent de fourmillements pendant près d'un mois. Je sens aussi que j'ai moins de force au serrage.
    Mon talon d'Achille va finalement me gêner pendant un mois. 2 semaines forcée sans vélo ni activité stressante à mon grand dam. Je vais finalement reprendre sans forcer sur mon rythme de 3 mouvements sur 4, et pouvoir enchaîner quelques contre la montre en duo et courses Gentlemen. Cependant, pas de cyclo-cross cette année.
    La tête va bien, l'envie de vélo et sortie longue revient avec le temps. Je pense à l'année prochaine, aux courses comme aux brevets et longue distance. Il reste des cases à cocher dans ma "to cycle list".

  • Si vous ne voulez pas tous lire, j'ai quand même le Strava juste là :

    https://www.strava.com/activities/264068­3400

    Une photo du kit de départ :

    Et des cadeaux à l'arrivée :D

    En bonus le tableau du suivi :


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    • paris-brest-paris-rbcjek2n.png
  • R E S P E C T
    Ca en impose et ça donne envie comme récit

    beau filigrane cette aventure vécue en couple !

    Tu roulais sur quoi ?

  • @wapdawap Merci pour ton récit, et bravo à toi! C'était un plaisir de te croiser à St Nicolas du Pélem, moi sur l'aller et toi sur le retour. On a peu l'occasion de croiser des têtes connues dans ce flot de participants de toutes nationalités, et ça peut paraître bête, mais dans ces moments là ça donne un peu de repères et de baume au coeur.

  • Ah c'est donc toi sur strava! Mais COV c'est ton frere?

  • Top le récit! 👍
    Bravo et merci

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Tout vient à point ;)

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